L’humour à travers la Bible

Chères lectrices, chers lecteurs,

je vous propose de terminer la semaine avec deux textes bibliques un peu particuliers qui font appel à un genre littéraire insoupçonné pour l’Ecriture sainte… L’humour! Entendons nous bien, rigoler n’est pas la raison d’être des livres de la Bible, cependant rien n’échappe au Seigneur et l’humour est un des moyens permettant de s’exprimer. Pourquoi le Seigneur s’en priverait-il?

Gustave Doré, Elias tötet Baalspropheten - Elijah kills prophets of Baal / Dore - G. Doré, Elie tue les prophètes de Baal

Ironie du prophète

La confrontation entre Elie et les prophètes de Baal est certainement un des épisodes les plus célèbres du premier livre des Rois. Elie se livre à une sorte de concours et éprouve les faux prophètes et leur faux Dieu, en leur lançant des mots assez ironiques. De nos jours, on aurait dit qu’Elie a chambré les prophètes de Baal et leur faux Dieu…

1 R 18.20-29

20 Achab envoya des messagers vers tous les enfants d’Israël, et il rassembla les prophètes à la montagne du Carmel. 21 Alors Elie s’approcha de tout le peuple, et dit : Jusqu’à quand clocherez-vous des deux côtés ? Si l’Éternel est Dieu, allez après lui; si c’est Baal, allez après lui! Le peuple ne lui répondit rien. 22 Et Elie dit au peuple : Je suis resté seul des prophètes de l’Éternel, et il y a quatre cent cinquante prophètes de Baal. 23 Que l’on nous donne deux taureaux; qu’ils choisissent pour eux l’un des taureaux, qu’ils le coupent par morceaux, et qu’ils le placent sur le bois, sans y mettre le feu; et moi, je préparerai l’autre taureau, et je le placerai sur le bois, sans y mettre le feu. 24 Puis invoquez le nom de votre dieu; et moi, j’invoquerai le nom de l’Éternel. Le dieu qui répondra par le feu, c’est celui-là qui sera Dieu. Et tout le peuple répondit, en disant : C’est bien !

25 Elie dit aux prophètes de Baal : Choisissez pour vous l’un des taureaux, préparez-le les premiers, car vous êtes les plus nombreux, et invoquez le nom de votre dieu; mais ne mettez pas le feu. 26 Ils prirent le taureau qu’on leur donna, et le préparèrent; et ils invoquèrent le nom de Baal, depuis le matin jusqu’à midi, en disant : Baal réponds nous! Mais il n’y eut ni voix ni réponse. Et ils sautaient devant l’autel qu’ils avaient fait. 27 A midi, Elie se moqua d’eux, et dit : Criez à haute voix, puisqu’il est dieu; il pense à quelque chose, ou il est occupé, ou il est en voyage; peut-être qu’il dort, et il se réveillera. 28 Et ils crièrent à haute voix, et ils se firent, selon leur coutume, des incisions avec des épées et avec des lances, jusqu’à ce que le sang coulât sur eux. 29 Lorsque midi fut passé, ils prophétisèrent jusqu’au moment de la présentation de l’offrande. Mais il n’y eut ni voix, ni réponse, ni signe d’attention.

Le verset 27 rapporte les propos d’Elie face aux prophètes de Baal, qui fait montre d’une ironie et d’un humour à froid assez inhabituel dans le récit biblique. Esaïe, pour mettre en évidence la perversion des idoles, pointait du doigt le fait qu’elles étaient fabriquées avec le même bois qui servait à faire chauffer la nourriture. Elie est allé plus loin en ironisant sur les caractéristiques prétendues du Dieu vénéré par les faux prophètes.

La note de la Bible du Semeur nous en apprend un peu plus sur la possible origine de l’humour déployé par le prophète, « L’ironie d’Elie n’est pas sans rapport avec les représentations très humaines que les païens se faisaient de leurs dieux. Le dieu Baal, lié au cycle de la végétation, était conçu comme un dieu mourant et ressuscitant annuellement. Les derniers mots d’Elie (peut-être dort-il et faut-il le réveiller) y font peut-être allusion ».

Les propos du prophète Elie sont à même d’être actualisés et d’être édifiants pour nous plusieurs siècles après cet épisode. Elie se moque d’un travers qu’on rencontre parfois, l’anthropomorphisme, à savoir le fait de se représenter Dieu avec des caractéristiques humaines. Certes les auteurs bibliques ont recours à ce procédé pour décrire avec des mots d’homme une réalité spirituelle, par exemple le cantique de David « Dans ma détresse, j’ai invoqué l’Éternel, J’ai invoqué mon Dieu; De son palais, il a entendu ma voix, Et mon cri est parvenu à ses oreilles. La terre fut ébranlée et trembla, Les fondements des cieux frémirent, Et ils furent ébranlés, parce qu’il était irrité. Il s’élevait de la fumée dans ses narines, Et un feu dévorant sortait de sa bouche : Il en jaillissait des charbons embrasés » (1 S 22.7-9). Le problème n’est donc pas de décrire l’Éternel avec des notions qui nous sont proches comme l’a fait David, mais de penser que la puissance de Dieu est limitée par des caractéristiques humaines, aussi grandes que soient ces caractéristiques.

 L’ironie du Paul face aux corinthiens orgueilleux

L’apôtre a eu l’occasion à travers ses lettres d’exhorter des communautés au profil spirituel varié. Il a été confronté à Corinthe à un orgueil démesuré de la part de certains autochtones, possiblement favorisé par une sorte de gnosticisme naissant (l’orgueil de penser qu’on est l’artisan de son salut).

1 Co 4.8-13

8 Déjà vous êtes rassasiés, déjà vous êtes riches, sans nous vous avez commencé à régner. Et puissiez-vous régner en effet, afin que nous aussi nous régnions avec vous ! 9 Car Dieu, ce me semble, a fait de nous, apôtres, les derniers des hommes, des condamnés à mort en quelque sorte, puisque nous avons été en spectacle au monde, aux anges et aux hommes. 10 Nous sommes fous à cause de Christ; mais vous, vous êtes sages en Christ; nous sommes faibles, mais vous êtes forts. Vous êtes honorés, et nous sommes méprisés ! 11 Jusqu’à cette heure, nous souffrons la faim, la soif, la nudité; nous sommes maltraités, errants çà et là; 12 nous nous fatiguons à travailler de nos propres mains; injuriés, nous bénissons; persécutés, nous supportons; 13 calomniés, nous parlons avec bonté; nous sommes devenus comme les balayures du monde, le rebut de tous, jusqu’à maintenant.

Il s’agit bien entendu d’ironie, Paul n’est pas entrain de dénigrer sa condition d’apôtre (matériellement parlant pas au top) en s’extasiant devant le prétendu règne d’une petite caste corinthienne. Les personnes auxquelles s’adresse Paul sont honorées par le monde, sont fortes au regard des valeurs du monde. Les apôtres, au regard de ces valeurs, sont faibles et méprisables. L’apôtre insiste avec humour sur l’orgueil qui fait que certains se justifient par leur situation matérielle dans le monde.

C’est avec humour que l’Éternel a inspiré certains auteurs de la Bible. Pour une première lecture on peut être surpris du procédé, l’ironie caustique d’Elie face aux prophètes de Baal a de quoi dérouter et semble impropre à être rapportée dans l’Ecriture. Le message est délivré avec humour, mais il est sérieux, nous invitant à ne pas prendre comme mesure de toute chose l’homme et ses caractéristiques limitées. L’humour et l’ironie n’est pas un frein à l’exhortation, au contraire le procédé attire l’attention et fait de cette rencontre entre le prophète de l’Éternel et ses contradicteurs un passage qui marque les mémoires.

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