Les manuscrits de l’Ancien Testament

Chères lectrices, chers lecteurs,

cette semaine nous allons nous intéresser aux témoins scripturaires de nos Bibles. Nous commençons avec l’Ancien Testament. L’objectif de cette mini-série d’articles n’est pas de parler des dates supposées de rédaction des livres de la Bible, mais bien des traces écrites que le temps nous a laissé.

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Les langues de l’Ancien Testament

Bien que la rédaction des livres de l’AT a été effectuée en hébreu, de nombreuses versions ont été largement diffusées dans l’antiquité. Nous pouvons citer la version grecque, composée à partir du IIIe siècle avant Jésus-Christ, que nous connaissons sous le terme de Septante (le terme est consacré par l’usage mais inexact, « Septante » désignant uniquement la traduction en grec de la Torah).

Plus proche de l’hébreu et destinés à un public qui a peu à peu oublié la lecture dans la langue originale, les targoumim en araméen ont été largement diffusés, depuis l’époque du deuxième temple jusqu’au moyen age.

Nous allons borner notre petit inventaire des manuscrits aux versions hébraïques de l’Ancien Testament.

Les plus anciens codex complets – Codex d’Alep et de Leningrad

Le Codex d’Alep est la Bible hébraïque complète la plus ancienne que nous possédons. Ce codex date du… Xe siècle de notre ère. La date peut paraître décevante, dans le sens où ce codex arrive une quinzaine de siècles après la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor. Ce texte est le fruit d’une transmission, autrement dit une massora. Le Codex d’Alep est porteur du texte massorétique, résultat d’une transmission rigoureuse du texte hébreu de la Bible à travers le moyen âge (à partir de sources remontant au premier siècle de notre ère, souvent appelées « proto-massorétiques »).

La force du texte massorétique n’est pas son époque (Xe siècle pour le plus vieux codex complet), mais sa qualité de transmission. Un repérage rigoureux des lettres, avec une vocalisation (qui remonte au moyen âge), a permis de transmettre un texte fiable comportant un nombre très limité de variantes textuelles. La fiabilité du texte massorétique a fait de ce corpus la base de travail de la plupart des traductions bibliques de la réforme (Martin, Ostervald, Segond).

Pour l’anecdote, le Codex d’Alep n’est plus complet depuis 1947 et les émeutes anti-juives perpétrées en Syrie (pages et passages complets dégradés…). Le Codex intact ET complet le plus ancien est le Codex de Leningrad, qui date du début du XIe siècle.

La plus ancienne bibliothèque – Les manuscrits de la Mer Morte

Les manuscrits de la Mer Morte sont probablement les biens archéologiques bibliques les plus précieux découverts ces dernières décennies. Trouvés au milieu du XXe siècle à proximité de Qumrân, ils étaient stockés dans des grottes procurant un rapport idéal entre fraîcheur et sec, permettant une conservation idéale des manuscrits. La bibliothèque de Qumrân comprend des commentaires de textes bibliques, des livres de la tradition juive intertestamentaires non canoniques (des extraits du livre d’Hénoch entre autre).

Les plus anciens manuscrits de ce corpus ont été datés du IIIe siècle avant Jésus-Christ, ce qui pour certains livres prophétiques font de ces copies des documents ayant moins de 200 ans d’écart avec la date supposée de l’original, à savoir un écart entre la copie et l’original très faible quand on parle de textes aussi anciens. Pour vous donner une idée et comparer, le plus ancien manuscrit de L’Iliade d’Homère dont nous disposons date du Xe siècle après Jésus-Christ, soit plus de 17 siècles après la date supposée de rédaction.

Un des trésors de la bibliothèque de Qumrân est probablement le grand rouleau d’Esaïe, plus ancienne copie complète d’un livre de la Bible hébraïque. Ce rouleau contient l’ensemble du livre d’Esaïe, mesure plus de sept mètres de long et est exposé à Jérusalem.

Au delà de la « performance » archéologique, l’intérêt des manuscrits de la Mer Morte est d’avoir renforcé la crédibilité du texte massorétique. Les variantes textuelles sont réelles entre les deux corpus, cependant l’esprit du texte, dans sa grande majorité, est identique. La bibliothèque de Qumrân comprend des extraits entiers du livre de la Genèse, de l’Exode, des prophètes, et constitue un des témoins clés de la transmission du texte biblique à travers les âges.

Les stèles et amulettes

Le texte biblique est affirmé dans la crédibilité de sa transmission avec les manuscrits de la Mer Morte, le texte massorétique, et la tradition de la Septante. Cependant il existe des mention bibliques encore plus anciennes, bien qu’anecdotiques. Le plus ancien texte biblique exhumé à ce jour a été trouvé sur un artefact, sorte de petit rouleau, appelé amulette de Ketef Hinomm. Ce petit objet contient un (court!) extrait du livre des Nombres et est daté du VIIe siècle avant Jésus-Christ.

Ce n’est pas directement un texte biblique, mais nous pouvons citer dans cet article la stèle de Tel Dan. Cette stèle de victoire militaire, datée du IXe siècle avant Jésus-Christ, mentionne la « maison de David ». Cette mention de la maison de David, deux siècles seulement après le règne du deuxième Roi d’Israël, fait de la stèle de Tel Dan un bien archéologique majeur.

Terminons cet inventaire avec la plus ancienne évocation du peuple d’Israël, que nous trouvons sur la stèle du Pharaon Mérenptha, datée du XIIIe siècle avant Jésus-Christ.

Ce qu’il faut retenir

Je vous ai proposé dans cet article une histoire à l’envers très simplifiée de la transmission du texte hébreu de la Bible. Nous sommes partis de la plus ancienne Bible hébraïque complète, au Xe siècle de notre ère, pour nous rendre au XIIIe siècle avant Jésus-Christ avec la plus ancienne mention du peuple israélite recensée (stèle de Mérenptha).

Le présent article est très simplifié et vous donnera je l’espère l’envie d’aller un peu plus loin dans l’étude des sources de la Bible. Pour aller un peu plus loin et revenir sur un point central évoqué, à savoir les manuscrits de la Mer Morte, vous pouvez vous procurer l’intégralité du contenu des quatre premières grottes de Qumrân, dans un ouvrage très accessible, voir ici. Vous pouvez aussi vous procurer la Bible Segond 21 avec notes de référence qui répertorie les variantes textuelles du texte hébreu (différences entre Qumrân, texte massorétique et Septante notamment). Ce voyage à travers les manuscrits est une source d’édification et d’assurance dans la transmission des écrits que le Seigneur a inspiré aux hommes qui ont rédigé les livres de la Bible.

Dans sa grâce l’Éternel a permis que ses paroles soient conservées après des siècles et des siècles d’histoire. Quelle que soit l’intérêt que nous donnons à la recherche archéologique, le vainqueur à la fin est le Seigneur et la foi que nous avons en son Fils Jésus-Christ. Comme nous allons le voir vendredi prochain, le Nouveau Testament est probablement le texte le mieux sourcé et le plus fiable de l’antiquité.

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