Les corinthiens et les tribunaux

Chères lectrices, chers lecteurs,

après un premier travail sur la première lettre aux corinthiens que vous pouvez retrouver ici, je vous propose d’aborder le passage 1 Corinthiens 6.1-11 et le problème des tribunaux. Il s’agit à nouveau d’un travail effectué dans le cadre de mes études à la Faculté de Théologie Évangélique de Vaux-sur-Seine (FLTE), dont le sujet était « Donnez votre interprétation de 1 Corinthiens 6.1­-11. Faites tout particulièrement ressortir l’argumentation utilisée par Paul en vue de convaincre les Corinthiens de résoudre leurs différends d’une manière conforme à l’Evangile ».

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L’apôtre Paul évoque beaucoup de sujets dans la première lettre aux Corinthiens, signifiant la nécessité d’exhorter la communauté sur bien des points. Parmi les thèmes développés se trouve le règlement des conflits entre chrétiens devant des tribunaux païens que nous retrouvons en 1 Corinthiens 6.1-­11. L’apôtre ne répond pas dans ce péricope à des questions formulées par écrit par la communauté de Corinthe, comme ce sera la cas plus loin, “j’en viens à présent aux problèmes que vous soulevez dans votre lettre” (1 Co 7.1). Les Corinthiens n’ayant pas jugé utile de coucher par écrit des questions relatives au règlement des affaires entre chrétiens devant les tribunaux païens nous pouvons formuler l’hypothèse que la communauté n’y voyait globalement pas de problème, du moins jugeaient-ils cette problématique moins importante que le cas des mariages ou de la consommation des viandes. Paul a vraisemblablement été mis au courant de cette question oralement par “les gens de la maison de Chloé” (1 Co 1.11) ou par les trois visiteurs dont il a reçu la visite et qu’il nomme dans ses recommandations finales en 1 Corinthiens 16.17. Dans une première partie nous allons voir en quoi le recours aux tribunaux païens, dans le contexte du premier siècle de notre ère, pouvait constituer une entorse au message de la Bonne Nouvelle. Dans une deuxième partie nous étudierons les conséquences visibles d’une telle façon de régler les conflits. Une troisième partie mettra en évidence le lien entre la forme et le fond de l’argumentation de l’apôtre Paul, révélant l’enjeu spirituel du péricope 1 Corinthiens 6.1-­11. Nous reprendrons enfin les éléments de ces trois parties dans une conclusion pour apporter une interprétation qui se révélera une réflexion sur les communautés chrétiennes de nos jours.

Première partie – Les tribunaux païens dans l’antiquité, une entorse aux valeurs de l’Evangile?

Le reproche fait à la communauté de Corinthe est formulé par Paul en début de section, “lorsque l’un de vous a un différend avec un frère ou une sœur, comment ose­-t­-il le citer en justice devant des juges incroyants au lieu de recourir à l’arbitrage des membres du peuple saint?” (1 Co 6.1). Dans un premier temps nous pouvons nous demander si cette remarque de l’apôtre n’est pas le fruit d’une opinion personnelle. Peut-­être Paul est-­il à titre personnel opposé à la notion de tribunal civil? Jean Calvin n’est pas de cet avis, “l’objection qu’on a l’habitude d’entendre, que les procès sont condamnés par Paul, est entièrement fausse” (1). La position du réformateur est appuyée par le fait de remarquer que Paul a déjà eu recours à la justice civile, “si je suis coupable et si j’ai commis un crime passible de la peine de mort, je ne refuse pas de mourir. Mais si les accusations de ces gens­-là sont sans aucun fondement, nul n’a le droit de me livrer entre leurs main. J’en appelle à l’empereur!” (Ac 25.11). Cet argument est employé entre autre par le pasteur Francis Baudraz pour expliquer que l’apôtre n’est pas fondamentalement opposé à la justice païenne (2). A la lumière de ces éléments, ajouté au fait que Paul déclare au sujet des autorités en Romains 13.1­7 que “vous devez payer vos impôts”, nous pouvons formuler l’hypothèse solide que la remarque de Paul aux Corinthiens n’est pas le fruit d’un rejet personnel de l’autorité civile.

Ne pas rejeter l’autorité civile ne signifie pas y souscrire pour tous les maux d’une communauté. Paul rappelle que la nature des litiges est parfois bénigne, “si vous avez des litiges au sujet des affaires de la vie courante, vous prenez comme juges des gens qui ne comptent pour rien dans l’Église!” (1 Co 6.4). L’enseignement de Jésus invite plutôt les membres d’une communauté chrétienne à avoir recours en premier lieu à un règlement amiable du conflit puis à traiter le cas au sein de l’Eglise comme nous pouvons le lire en Matthieu 18.15­-20, “si ton frère s’est rendu coupable à ton égard, va le trouver en tête-­à­tête et convaincs-­le de sa faute”, “s’il refuse d’écouter, dis­-le à l’Église”, “s’il refuse aussi d’écouter l’Église, considère-le comme un païen ou un collecteur d’impôts”. Certains textes vétérotestamentaires vont dans le sens d’un règlement des litiges entre saints, “que le jugement soit rendu en faveur des membres du peuple saint du Très-­Haut et qu’arrive pour eux le temps de prendre possession de la royauté” (Dn 7.22). Certaines anciennes traductions sont plus explicites encore, “que le jugement fût donné aux Saints du Souverain” (Dn 7.22, traduction Martin 1744). L’apôtre Paul met en évidence le décalage entre les enseignements ci­-dessus et le comportement des Corinthiens incapables de traiter eux­-mêmes leurs soucis, “Ignorez-vous que ceux-ci auront un jour à juger le monde? Si donc vous êtes destinés à être les juges du monde, seriez-vous incapables de vous prononcer sur des questions bien moins importantes?” (1 Co 6.2).

Limiter autant que faire se peut le recours à la justice païenne pouvait aussi avoir pour raison le contexte social du premier siècle de notre ère. Peut-­être le système juridique Corinthien, sous tutelle de l’empire romain, n’était pas exempt de tout reproche quant à la partialité de ses verdicts et à l’honnêteté de ses magistrats. C’est ce que semble dévoiler les recherches du théologien Andrianjatovo Rakotoharintsifa, “Les témoignages littéraires sur les mœurs des hommes de loi dans la Corinthe romaine ne diffèrent guère de ce tableau général: une myriade de juristes pervertissaient la justice, on chassait les gens sans jugement préalable ni raison valable, on ne cultivait plus la justice comme les grecs; enfin, les juges vendaient même leurs arrêts à prix d’argent” (3). En plus d’être une préconisation théologique, le fait de ne pas recourir à la justice païenne de Corinthe s’avérait donc un conseil pratique évitant d’avoir à faire face à des magistrats de mœurs peu recommandables.

Le fait de ne pas solliciter la justice civile sous tutelle romaine n’est pas comme nous l’avons vu une lubie personnelle de l’apôtre Paul, qui généraliserait ainsi à la communauté de Corinthe sa propre pensée. Le recours systématique aux tribunaux païens pour des affaires courantes révèle une certaine opposition à l’enseignement de Jésus et à des textes de l’Ancien Testament. En ajoutant à ces paramètres la corruption et les mauvaises mœurs du corps judiciaire de la Corinthe romaine, nous pouvons nous rendre compte du décalage entre le comportement de la communauté et le message de la Bonne Nouvelle. Nous allons maintenant nous demander quelles peuvent-être les conséquences de la façon Corinthienne de régler les problèmes devant les tribunaux civils.

Deuxième partie – Conséquences de l’attitude des Corinthiens

L’exposition de la communauté au yeux du monde est une des conséquences néfastes soulevées par l’apôtre Paul, “faut-­il qu’on se traîne en justice entre frères et qu’on aille plaider l’un contre l’autre devant des incroyants?” (1 Co 6.6). Cette exposition au regard extérieur a été relevée par Jean Calvin, “les infidèles, à l’instigation de Satan, épient constamment et ardemment les occasions pour trouver quelque chose qu’ils puissent calomnier en la doctrine chrétienne; et quand les fidèles leur soumettent de leurs débats, il semble que de propos délibéré ils leur veuillent donner occasion de médire” (4). Cette exposition au monde des soucis de la communauté est donc selon le réformateur une occasion malheureuse de prêter le flanc aux adversaires de la doctrine chrétienne. Il est à noter que l’apôtre semblait conscient du contexte de persécution des communautés chrétiennes, à en juger par ce qu’il écrit plus loin dans la lettre au sujet du mariage des jeunes filles, “à cause des détresses de l’heure présente” (1 Co 7.26). Nous comprenons mieux pourquoi, dans un contexte déjà difficile, exposer les problèmes de la communauté aux yeux du monde était néfaste à la diffusion sereine de l’Evangile.

Nous pouvons noter que ce recours à la justice païenne était aussi à même de conforter certains corinthiens influencés par les thèses séparant complètement l’âme et le corps, ceux peut-­être auxquels s’adresse Paul au chapitre 15 de la lettre en rappelant la réalité de la résurrection des corps. Le théologien Jacques Buchhold voit en effet dans cette conception dualiste adoptée par une partie de la communauté un terrain propice à la négligence du corps dans les affaires courantes, “on comprend que dans une telle perspective le corps devienne ‘neutre’ et que son ‘usage’ perde de sa pertinence éthique. (…) Les problèmes de conscience liés aux viandes sacrifiées aux idoles sont traités sans amour, et les questions sociales avec légèreté (procès entre frères, 6.1s)” (5). Nous pouvons donc émettre l’hypothèse que laisser aux tribunaux païens les affaires des conflits courants, ne touchant pas spécifiquement l’âme, ne posait pas de problèmes à certains Corinthiens dualistes, voir les confortait dans leur position visant à faire du corps une matière sans importance. Nous pouvons encore appuyer ce point en notant que l’apôtre fait suivre le péricope sur les procès entre frères par une exhortation contre l’inconduite, rappelant que “notre corps, lui, n’a pas été fait pour l’inconduite, il est pour le Seigneur et le Seigneur est pour le corps” (1 Co 6.13). Le corps étant pour le Seigneur, il est dommageable d’en faire une éventuelle pâture pour les tribunaux civils, souvent corrompus comme nous l’avons vu dans la première partie.

Une troisième conséquence visible du comportement Corinthien est intrinsèque au problème soulevé, “de toute façon, vos différends constituent déjà une défaite. Pourquoi ne souffrez-vous pas plutôt l’injustice? Pourquoi ne consentez-vous pas plutôt à vous laisser dépouiller?” (1 Co 6.7). Les termes de l’apôtre sont traduits avec plus de clarté dans certaines éditions, “c’est déjà pour vous une déchéance” (1 Co 6.7, Traduction Œcuménique de la Bible). Paul met l’accent sur la cause des problèmes. C’est une évidence mais elle est bonne à rappeler, la cause d’un procès est un contentieux. Pas de contentieux, pas de procès. Nous développerons dans la dernière partie la qualité des réponses de Paul au problème, notons pour ce qui nous intéresse ici qu’une conséquence du comportement des Corinthiens est d’être entré dans une relation “perdant/perdant”. Perdant car en premier lieu il y a un conflit entre frère, perdant ensuite par sa mise en lumière sur la place publique.

Les conséquences du recours à la justice païenne pour les affaires courantes sont préjudiciables à l’Église, pour une première raison que c’est une manière de prêter le flanc aux adversaires de l’Evangile et ce sur la place publique. Ce comportement est de plus à même d’entretenir une conception Corinthienne visant à penser que le corps n’est pas une affaire importante. Enfin ces conflits sont en eux même une défaite pour la communauté, défaite due au conflit en lui-­même, défaite du fait de son exposition publique. Dans une dernière partie nous allons nous pencher sur les réponses de l’apôtre Paul et verrons que son argumentation expose des points essentiels de la foi chrétienne.

Troisième partie – Les réponses de l’apôtre Paul

Regardons d’un point de vue formel la nature de l’intervention de Paul en 1 Corinthiens 6.1­-11. Le passage est constitué entre autre de neuf questions, en moyenne presque une par verset. Il s’agit de questions rhétoriques, par exemple “n’y a-­t­-il vraiment pas un seul homme sage parmi vous qui puisse servir d’arbitre entre frère” (1 Co 6.5), “ne savez-vous pas que ceux qui pratiquent l’injustice n’auront aucune part au royaume de Dieu?” (1 Co 6.9). Ce type de question n’est généralement pas fait pour obtenir une réponse mais pour interpeller le destinataire. Dans le premier exemple ci­-dessus, bien que la question est fermée, à savoir dont la réponse est “oui” ou “non”, nous voyons que la vraie réponse est contenue dans la question. L’important n’est pas de savoir si oui ou non les corinthiens pensent qu’un homme chez eux est à même d’arbitrer les conflits, l’important pour Paul est de leur signifier la réalité qui veut qu’il est plus que souhaitable d’apprendre à gérer les conflits en interne. De même l’important n’est pas de savoir si oui ou non les corinthiens sont au fait de qui héritera ou n’héritera pas du royaume, l’important pour l’apôtre est de leur signifier la réalité théologique de cette question. Le procédé du questionnement rhétorique permet à Paul de faire d’une pierre deux coups, à savoir interpeller la communauté de Corinthe sur ses carences spirituelles, en même temps que donner les pistes pour sortir du problème, à savoir trouver des hommes assez sages pour régler les conflits et prendre conscience de la réalité du royaume de Dieu pour ce qui concerne les deux exemples de questionnement que nous venons d’étudier.

L’apôtre Paul dans une autre épître fait part de son passé confessionnel, “j’ai été circoncis le huitième jour, je suis israélite de naissance, de la tribu de Benjamin, de pur sang hébreu. Pour ce qui concerne le respect de la Loi, je faisais partie des pharisiens” (Ph 3.5). Vraisemblablement rompu à l’exercice de la lecture des Écritures, les citations des prophètes ou de la Torah que nous trouvons dans ses lettres proviennent principalement de la version grecque de la Bible, la Septante pour la Torah et les anciennes version grecques pour les prophètes, comme en témoigne par exemple la considération sur la sagesse, “je détruirai la sagesse des sages et je réduirai à néant l’intelligence des intelligents” (1 Co 1.19), qui est une reprise de Esaïe 29.14 cité dans sa version grecque. Pas moins de sept correspondances lexicales sont relevées entre le passage  1 Corinthiens 6.1-­11 et les directives vétérotestamentaires sur la nomination des juges, Exode 18.13-­26 et Deutéronome 1.9-­17 pris dans la version des Septantes (6). Par exemple au sujet des sages, σοφος, nous trouvons dans la Torah des consignes de Moïse, “j’ai donc pris les chefs de vos tribus, des hommes sages et estimés, et je les ai établis chefs de vos ‘milliers’” (Dt 1.15), pouvant rappeler la consigne donnée sous forme de question rhétorique aux corinthiens, “n’y a-­t­-il vraiment pas un seul homme sage parmi vous qui puisse servir d’arbitre entre ses frères?” (1 Co 6.5). L’autorité de l’apôtre est ainsi manifestée par ce champ lexical emprunté à la traduction grecque de la Bible. Nous pouvons voir dans ces tournures un rappel de la provenance de l’autorité de l’apôtre, qui n’est autre que l’inspirateur de ces lois, à savoir Dieu.

Après la forme employée et l’autorité affirmée nous allons voir un dernier aspect de l’argumentation de l’apôtre, qui n’est autre que le rappel du sens du sacrifice de Jésus à la croix. Après avoir rappelé en 1 Corinthiens 6.9-­10 que “ceux qui pratiquent l’injustice n’auront aucune part au royaume de Dieu” et dressé le catalogue de ceux qui n’auront pas de part dans ce royaume, “les débauchés, les idolâtres, les adultères, les pervers (…)”, Paul conclut le péricope en rappelant ce qui permet de laver le péché, “voilà bien ce que vous étiez, certains d’entre vous. Mais vous avez été lavés, vous avez été purifiés du péché, vous en avez été déclarés justes au nom de Seigneur Jésus-Christ et par l’Esprit de notre Dieu” (1 Co 6.11). L’apôtre rappelle de façon concise l’oeuvre du Seigneur. Il place aussi ses exhortations sous le signe d’une victoire, celle de Jésus-­Christ, façon peut-­être d’encourager la communauté chrétienne de Corinthe à se rappeler à qui ils doivent la libération spirituelle, et qu’ils en soient dignes dans leurs actes les uns envers les autres.

L’étude de l’argumentation de Paul révèle l’enjeu profond du passage traitant de procès entre frères devant les tribunaux païens. En plus des peines visibles dont nous avons traité dans la deuxième partie un mal plus profond est révélé, celui de l’incompréhension du message de la loi et de la grâce. Incompréhension de la loi, qui voudrait que la communauté règle ses petits différends en interne à l’aide de ses sages plutôt que d’exposer sur la place publique les soucis de la communauté. Enfin, le comportement des corinthiens, du moins ceux pointés du doigt par l’apôtre, semble indigne de la grâce accordée par le sacrifice du Christ à la croix, Paul rappelant plus loin dans la lettre “vous avez été rachetés à grand prix” (1 Co 6.20).

Conclusion

Dans la première partie nous avons étudié le contexte des tribunaux païens au premier siècle de notre ère et constaté que le fait de ne pas y avoir recours n’était pas une lubie personnelle de l’apôtre Paul. Dès lors il fallait se demander pourquoi l’apôtre insiste en 1 Corinthiens 6.1-­11 sur l’échec que constitue cette pratique pour les affaires de tous les jours. En plus de donner au monde une mauvaise image de la communauté, nous avons vu dans la deuxième partie que ce recours à la justice extérieure faisait montre d’une certaine négligence des réalités corporelles ici­-bas, favorisant le fait que les corinthiens attachés à la dualité âme/corps restent campés dans cette position spirituelle incompatible avec l’Evangile et la réalité de la corporalité de la résurrection et du fait que le corps appartient aussi au Seigneur. Après ces conséquences visibles nous avons montré que l’argumentation de Paul, interpellante à base de questions rhétoriques, soulevait un problème plus profond encore, à savoir que la communauté de Corinthe avait manifestement un rapport privilégiant la loi du monde à une conception saine de la loi de Dieu, enfin et surtout que la communauté semblait ne pas prendre la mesure du sacrifice à la croix de Jésus­Christ et des bienfaits de la grâce. Pour apporter une conclusion et à la vue de ces éléments, un verset clé de ce péricope semble être “de toute façon, vos différends constituent déjà une défaite. Pourquoi ne souffrez­vous pas plutôt l’injustice? Pourquoi ne consentez-­vous pas plutôt à vous laisser dépouiller?” (1 Co 6.7). Les procès devant les autorités civiles, comme nous l’avons brièvement évoqué dans la deuxième partie, sont la conséquence d’une mauvaise conception de l’Evangile à la base, d’un comportement contraire aux valeurs chrétiennes. Parfois les choses simples sont celles que nous oublions, par exemple Paul évoque dans une autre épître le fait que “celui qui aime ne cause aucun mal à son prochain. Aimer son prochain, c’est accomplir toute la loi” (Rm 13.10). Voilà pourquoi, entre autre, les différends sont déjà des échecs, avant même qu’ils soient portés sur la place publique, “la confession de foi doit susciter une autre façon de les traiter à l’intérieur même de la communauté” (7).

Le péricope 1 Corinthiens 6.1­-11 est un révélateur du manquement à une des plus simples consignes que nous a laissé le Seigneur, “voici ce que je vous commande: aimez-vous les uns les autres” (Jn 15.17). En quelques sortes, les querelles et leur règlement devant le monde extérieur sont préférés au fait de respecter la loi de Dieu, qui préconise l’amour réciproque et le pardon. Si l’apôtre a autant insisté et a développé ce passage sur les tribunaux, c’est que tout compte fait ce commandement est simple dans son énoncé, mais souvent difficile à matérialiser. La problématique est très actuelle! Nous voyons sur internet et dans les ministères fleurir des débats sur de grands sujets comme l’eschatologie, la prédestination, le rapport des chrétiens à la loi de Moïse. Ces sujets sont nobles et requièrent notre attention, cependant d’un point de vue pastoral ils semblent occuper dans l’espace public de plus en plus de place et font parfois oublier, à la vue de la tonalité parfois franchement inamicale des débats entre chrétiens, une consigne pastorale donnée par le Seigneur lui­-même, aimez­-vous les uns les autres.

(1) Jean Calvin, Institution de la Religion Chrétienne, Livre IV chapitre XX, éditions Kerygma/Excelsis, page 1421.

(2) Francis Baudraz, Les Épîtres aux Corinthiens, 1965, éditions Labor et Fides, page 51.

(3) Andrianjatovo Rakotoharintsifa, Conflits à Corinthe, 1996, éditions Labor et Fides, page 64.

(4) Jean Calvin, Commentaire biblique ­ Première épître aux Corinthiens, éditions Kerygma, 1996, page 97.

(5) Jacques Buchhold, “1 Corinthiens – Une église en crise, étude d’un cas”, 1996, revue Fac­Réflexion N°35, page 30.

(6) Andrianjatovo Rakotoharintsifa, Conflits à Corinthe, 1996, éditions Labor et Fides, page 74.

(7) Chantal Reynier, Pour lire Saint Paul, 2008, éditions du cerf, page 78.

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