L’Éternel a-t-il changé entre les deux alliances?

Chères lectrices, chers lecteurs,

une confusion théologique se forme parfois dans la tête de certaines personnes, semblant penser que Dieu était uniquement légaliste du temps de l’Ancien Testament et qu’il est devenu uniquement amour depuis qu’il s’est incarné en la personne de Jésus-Christ. En somme, le Seigneur aurait changé son fusil d’épaule et serait devenu bien plus gentil que jadis. Comment une telle pensée a-t-elle pu prendre racine? Que nous apprennent les Écritures?

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La conception d’un ancien Dieu « méchant » et d’un nouveau Dieu « gentil » n’est pas nouvelle

Au deuxième siècle de notre ère un armateur fortuné du nom de Marcion considérait que le bon Dieu d’amour venait avec l’Évangile éliminer le Dieu de colère de la Bible hébraïque. Marcion n’était donc pas monothéiste mais monolâtre, à savoir qu’il considérait que le bon Dieu était supérieur au mauvais Dieu, mais pas que Dieu était unique. Il a développé un canon restreint, reconnaissant une dizaine de lettres de Paul et des portions de l’Évangile selon Luc, afin de consolider sa doctrine. Le marcionisme a perduré jusqu’au IVe siècle et a été combattu par les Pères de l’Eglise.

L’amour de Dieu dans l’Ancien Testament

Jésus, questionné par les pharisiens, énonce les principes de loi, « Voici le commandement le plus important: ‘Ecoute, Israël, le Seigneur est notre Dieu, il est le seul Dieu; tu aimeras donc le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ton énergie’. Et voici celui qui vient en second rang: ‘Tu aimeras ton prochain comme toi-même’. Il n’y a pas de commandement plus important que ceux-là » (Mc 12.29-31). Ici Jésus ne fait que rappeler une consigne bien connue des juifs et datant du périple des israélites au désert suite à la sortie d’Egypte, « Tu ne te vengeras pas et tu ne garderas pas de rancune envers les membres de ton peuple, mais tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis l’Éternel » (Lv 18.19). Comme nous pouvons le voir l’amour pour le prochain est clairement affiché dans l’Ancien Testament.

La bonté de l’Éternel se manifeste dans d’autres textes. Par exemple quand nous comparons dans le livre de l’Exode la condamnation des générations désobéissantes et la bénédiction des générations fidèles, « tu ne te prosterneras pas devant de telles idoles et tu ne leur rendra pas de culte, car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu qui ne tolère aucun rival: je punis les fils pour la faute de leur père, jusqu’à la troisième, voire la quatrième génération de ceux qui me haïssent. Mais j’agis avec amour jusqu’à la millième génération envers ceux qui m’aiment et qui obéissent à mes commandements » (Ex 20.5-6). Les textes religieux emploient le terme « mille » pour désigner non pas un chiffre précis, mais pour insister sur une multitude et une quantité gigantesque voir infinie. L’extrait montre une différence entre la durée de peine pour les mauvaises générations, petite, et la grandeur des bénédictions pour ceux qui aiment l’Éternel. Si Dieu avait été un sadique, il aurait décrété 1000 générations de mise à l’écart pour les récalcitrants et simplement trois ou quatre pour ceux qui sont dans le droit chemin!

Quand même, pourquoi toutes ces lois dans l’Ancien Testament?

La lettre de Paul aux Romains, entre autre, nous montre le lien entre la loi et le péché, « personne ne sera déclaré juste devant lui parce qu’il aura accompli les œuvres de la Loi. En effet, la Loi donne seulement la connaissance du péché » (Rm 3.20). Nous sommes certes sous le temps de la grâce, cependant nous devons être convaincus de l’horreur du péché et nous rendre compte qu’il déplaît fortement à Dieu. La Loi donnée au peuple d’Israël a révélé notre état de péché, bien réel depuis la chute. Mais il fallait ce marqueur de la Loi pour révéler complètement le péché, « avant que Dieu ait donné la Loi de Moïse, le péché existait bien dans le monde; or le péché n’est pas pris en compte quand la Loi n’existe pas » (Rm 5.13).

L’être humain a perdu sa relation privilégiée avec Dieu depuis la chute. Nous sommes sauvés par pure grâce, un marqueur de l’efficacité de cette grâce étant une foi agissante et une repentance sincère. La Loi est le révélateur de notre péché, de la brisure qui existe dans notre relation avec l’Éternel. C’est une grâce que d’être conscient du péché, de pouvoir s’en repentir.

Adaptation moderne

A écouter certains prédicateurs, le péché n’existe plus. Il n’est presque plus évoqué, tout juste savons nous que Jésus-Christ a payé pour nous à la croix. A payé quoi? On en sait trop rien à les écouter. Cette vision de ne plus rendre compte de la réalité du péché favorise je pense la vision dualiste d’un « Dieu fouettard » de l’Ancien Testament et d’un « Dieu bisounours » du Nouveau Testament. Le XXIe siècle sera-t-il le temps du retour en force du marcionisme? Dans sa forme la plus pure je ne pense pas, néanmoins la négation du péché, vu comme le concept arriéré des brutes de l’ancienne alliance, favorise une approche dualiste coupant les ponts entre le Tanakh et Jésus. Nos bibles modernes ne traduisent plus « repentez-vous », mais « changez d’attitude », c’est plus doux à l’oreille!

Il n’en reste pas moins la réalité du péché, révélée amplement dans l’ancienne alliance, qui dès lors prend tout son sens pour nous aujourd’hui. Éliminer la notion du péché revient à la négation de ce pour quoi Jésus a payé à la croix. Vous devinez maintenant ma conclusion, à savoir la réponse à la question qui est aussi le titre de l’article. C’était bien entendu une question rhétorique! Oui, oui et encore oui, Dieu est le même tout le temps. C’est l’Éternel. Couper les ponts entre les deux alliances revient à considérer l’Ancien Testament comme une sorte d’annexe de nos Bibles, un passage folklorique. Or le péché existe ici-bas depuis la chute et la Loi l’a révélé. Seul le sacrifice du Christ est à même de vaincre le péché, nier cette notion revient à faire de la mort et de la résurrection de Jésus…un non-événement!

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