L’apôtre Paul a-t-il été confronté à une forme primaire de gnosticisme?

Chères lectrices, chers lecteurs,

derrière le titre à rallonge de cet article se cache une question dont la réponse permet de mieux comprendre l’apologétique développée par l’apôtre Paul, en particulier dans les lettres aux corinthiens et la lettre aux colossiens. Comme nous allons le voir le contexte social et spirituel des premières communautés chrétiennes est révélateur des obstacles rencontrés par Paul dans sa mission.

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Naissance du gnosticisme dès le premier siècle de notre ère?

Le gnosticisme, du moins dans sa forme la plus courante, a pris son essor à partir de IIe siècle de notre ère. Pensée dualiste, elle considère l’âme prisonnière du corps et est influencée par divers courants, entre autre par un certain judaïsme hellénisé. Découle de cette conception des actes, de tendance ascétique ou au contraire libertaire, permettant de parvenir à la vraie connaissance, γνωσις (d’où le terme de gnose). Les Pères de l’Eglise ont assez vite combattu les thèses gnostiques, nous pouvons citer par exemple le traité Dénonciation et réfutation de la gnose au nom menteur publié par Irénée de Lyon à la fin du IIe siècle.

Si des conceptions existantes au Ier siècle ont pu influencer les courants gnostiques par la suite rien n’indique que ces courants étaient répandus du temps de l’apôtre Paul. Toutefois comme nous allons le voir Paul a été confronté à un type de pensée similaire.

Le cas corinthiens – Un protognosticisme?

La première épître aux corinthiens fait montre d’une communauté où tout ne va pas bien, contrairement à la communauté des Philippiens. 1 Corinthiens comporte beaucoup d’exhortations, parmi lesquels quatre premiers chapitres opposants la « sagesse » prétendue des hommes et la vraie sagesse de Dieu, « cette folie de Dieu est plus sage que la sagesse des hommes, cette faiblesse de Dieu est plus forte que la force des hommes » (1 Co 1.25).

L’apôtre Paul, au sujet de l’inconduite du corps, rappelle l’appartenance réelle du corps d’un chrétien, « notre corps, lui, n’a pas été fait pour l’inconduite, il est pour le Seigneur et le Seigneur est pour le corps » (1 Co 6.13). Paul rappelle aux corinthiens au chapitre 15 la réalité de la résurrection corporelle, « Lorsque le corps est porté en terre comme la graine que l’on sème, il est corruptible, et il ressuscite incorruptible » (1 Co 15.42). En rappelant l’importance du corps et la réalité de sa résurrection l’apôtre semble s’opposer à des personnes ayant une vision dualiste dissociant l’âme et le corps.

Cette vision dualiste a pu conduire les corinthiens à deux types de comportement. Premièrement penser qu’ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient du corps, qui dans le fond n’a pas d’importance. Paul réprimande un cas d’inceste au chapitre 5 de 1 Corinthiens et évoque au chapitre 6 l’inconduite. Deuxièmement le comportement pouvait être à l’inverse une recherche ascétique exacerbée, comme semble montrer le chapitre 7 où Paul rappelle que le célibat est un don, que tout le monde ne le possède pas et que ne le possédant pas il est bon d’être marié.

Ces éléments plaident en faveur de l’hypothèse voulant que l’apôtre Paul a été confronté à une certains forme de protognosticisme à Corinthe, certains membres de la communauté ayant manifestement une vision assez dualiste du rapport âme/corps, des tendances exagérément ascétiques ou au contraire libertaires. Ce gnosticisme avant la lettre combattu par Paul peut avoir diverses sources, en particulier la situation géographique de Corinthe, carrefour commercial important de l’Empire Romain brassant de multiples cultures et spiritualités.

Limites de la thèse du proto-gnosticisme à Corinthe

Un développement précoce des thèses gnostiques ne saurait être la seule explication des difficultés de la communauté de Corinthe. Comme nous l’avons vu dans un article détaillé précédent, que vous pouvez retrouver ici, l’église semblait avoir un soucis de déformation de l’enseignement de Paul en ce qui concerne l’eschatologie. L’empressement à voir se réaliser les promesses de l’Évangile a en effet pu pousser les corinthiens à penser que tout leur était acquis.

Un autre paramètre nuançant l’idée d’un gnosticisme naissant à Corinthe est une certaine fragmentation de la communauté et des problèmes associés, « tandis que, d’un côté, les Juifs réclament des signes miraculeux et que, de l’autre, les grecs recherchent la ‘sagesse’, nous, nous prêchons Christ mis en croix. Les Juifs crient au scandale. Les grecs, à l’absurdité » (1 Co 1.22-23). Certes les problèmes sont ensuite traités de façon générale dans de nombreux passages de la lettre, cependant nous ne pouvons pas nier cette considération sur les judéo-chrétiens et les helléno-chrétiens.

La considération d’un gnosticisme naissant à Corinthe peut être défendue avec des arguments assez solides. Cependant cette seule considération ne saurait à elle seule expliquer les problèmes rencontrés par cette communauté. Appréhender quelles peuvent-être les sources du conflit entre l’apôtre et l’église locale permet de mieux cerner l’argumentation employée pour défendre l’Évangile. A ce titre, les quatre premiers chapitres sont assez explicites et tranchent entre la vraie sagesse, celle de Dieu, et celle des hommes, avec toute son imperfection et sa versatilité.

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