Le Psaume 151

Chères lectrices, chers lecteurs,

je vous propose aujourd’hui et pour terminer la semaine un bref article au sujet du Psaume 151, qui n’est pas inclus dans les canons catholiques romains et protestants. Ce texte est utilisé dans les liturgies de certaines églises, la nuit du vendredi saint chez les éthiopiens, à la Pentecôte dans les églises arméniennes, la nuit du samedi saint chez les coptes.

ps-151

Le texte en français, dans la TOB

1 Voici le psaume autographe sur David et hors numérotation, lorsqu’il lutta en combat singulier avec Goliath.
J’étais le plus petit parmi mes frères
et le plus jeune dans la maison de mon père.
Je faisais paître les moutons de mon père.

2 Mes mains ont fabriqué un instrument,
mes doigts ont ajusté une harpe.

3 Et qui fera l’annonce à mon Seigneur?
Lui, le Seigneur, lui, il écoute.

4 Lui, il a envoyé son messager
et il m’a enlevé aux moutons de mon père
et il m’a oint de l’huile de son onction.

5 Mes frères étaient beaux et grands
mais le Seigneur ne s’est pas complu en eux.

6 Je suis sorti à la rencontre vers l’Etranger
et contre moi il a lancé des malédictions par des idoles.

7 Mais moi j’ai tiré l’épée à son côté,
je l’ai décapité et j’ai enlevé l’opprobre loin des fils d’Israël.

Manuscrits témoins du Psaume 151

Ce psaume 151 est mentionné par lui-même comme étant « hors numérotation », il est donc curieux qui les éditeurs de Bible lui attribuent ce numéro 151. Nous retrouvons ce Psaume dans la traduction grecque dite de la Septante ainsi que dans les manuscrits de la Mer Morte. Le Codex Sinaïticus est témoin de ce texte, présenté sur la deuxième colonne du facsimilé du célèbre document qui illustre cet article.

Il est intéressant de noter, même si la considération n’a pas grand chose à voir avec le contenu de ce Psaume, que certains apologètes catholiques romains évoquent la Septante et un hypothétique « canon d’Alexandrie » pour justifier l’inspiration divine des livres deutérocanoniques. Dans ce cas pourquoi ne pas retenir officiellement le Psaume 151? L’argument du « canon d’Alexandrie » légitimant les livres deutérocanoniques (1 et 2 Maccabées, livre de Tobit, etc…) n’est pas recevable.

Pour en revenir au sujet nous voyons que ce Psaume 151 (sensé ne pas avoir de numéro) se retrouve dans des traditions scripturaires anciennes. Sa présence dans le codex Sinaïticus montre à l’évidence qu’il faisait partie des liturgies anciennes.

Analyse du contenu

Le texte ne présente pas de difficultés particulières, il s’agit d’un condensé de l’histoire de David. On nous parle de son onction, de son combat avec Goliath, de son ascendance et de son ancienne occupation de berger. La mention incluse dans le Psaume lui-même, « hors numérotation », prête à penser qu’il s’agit d’une louange glosée à partir des données scripturaires disponibles à l’époque de sa rédaction, probablement au tournant de notre ère.

Cette hypothèse est renforcée par la version de ce texte que nous trouvons dans les manuscrits de la Mer Morte. Le Psaume commence ainsi: « Alléluia! Pour David, fils de Jessé. » Nous avons probablement affaire à une sorte de petit catéchisme sur la vie de David, ou une louange utilisée dans certaines liturgies.

Un cas similaire dans le Nouveau Testament?

Le procédé est relativement rare. L’exemple le plus célèbre est la finale de l’évangile selon Marc, où les exégètes reconnaissent de façon unanime que les derniers versets, à savoir Mc 16.9-20, sont un ajout tardif des Pères de l’Eglise. Ces derniers versets résument ce que nous trouvons présent dans d’autres évangiles, la résurrection, une allusion à l’apparition sur le chemin d’Emmaüs (Mc 16.12), l’apparition aux onze, l’ordre de mission (Mc 16.15), l’ascension (Mc 16.19).

Bien d’autres écrits bibliques sont témoins de ces passages, ainsi l’amputation des derniers versets de l’évangile selon Marc n’est pas un soucis insurmontable. Comme je l’avais montré dans un article précédent la réalité de la résurrection de Jésus est présente dans les plus anciens écrits chrétiens, à savoir les lettres aux Thessaloniciens. Il est possible que le Psaume 151 a eu un temps la même fonction que cette finale de l’évangile selon Marc, à savoir résumer en quelques versets une histoire plus complexe en dégageant les points principaux à retenir pour la foi (concernant la jeunesse de David tout y est ou presque, le combat avec Goliath, l’onction, son ascendance, le fait qu’il est musicien, son métier de berger).

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