L’évangile selon Barnabé est-il une source fiable?

Chères lectrices, chers lecteurs,

nous allons brièvement nous pencher aujourd’hui sur l’évangile selon Barnabé. Il s’agit d’un écrit apocryphe donnant une vision folklorique du ministère de Jésus. Je vous propose d’étudier quelques éléments de cet évangile pas comme les autres.

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Les origines de l’évangile selon Barnabé

L’évangile de Barnabé est un texte se voulant être le récit de la vie de Jésus. Les plus anciens manuscrits datent du XVIe siècle et sont écrits en italien et en espagnol. L’ensemble pèse plus de 200 chapitres, ce qui en fait un écrit relativement long pour ce type de production.

Comparaison archéologique avec les écrits canoniques

Comme nous l’avons vu le plus ancien manuscrit de l’évangile selon Barnabé date du XVIe siècle. Le plus ancien manuscrit du Nouveau Testament canonique date quant à lui du début du IIe siècle, il s’agit d’un papyrus. Le papyrus le plus célèbre contenant un texte du Nouveau Testament est sans doute le p66, pour papyrus 66, qui date du IIe siècle et contient la quasi intégralité de l’évangile selon Jean. Les plus anciens codex complets remontent quant à eux au IVe siècle.

D’un point de vue archéologique il est difficile de donner une crédibilité à cet évangile de Barnabé, dont la plus ancienne copie arrive 1500 ans après le ministère de Jésus alors qu’il existe des papyrus de copies d’évangile ayant moins d’un siècle d’écart avec la date supposée de leur rédaction.

Le style littéraire de l’évangile selon Barnabé

Pour vous donner une idée voici un extrait, qui est le prologue de l’évangile:

Barnabé, apôtre de Jésus de Nazaréen appelé Christ, à tous ceux qui habitent sur la terre, souhaite paix et consolation.

Très chers, le grand et admirable Dieu nous a visité, ces jours passés, par son prophète Jésus Christ, en grande miséricorde de doctrine et de miracles. C’est pourquoi beaucoup, trompés par Satan, sous couvert de pitié, prêchent une doctrine fort impie: ils appellent Jésus Fils de Dieu, rejettent la circoncision, alliance de Dieu à jamais, et autorisent toute sorte d’aliments impurs. Parmi eux, Paul lui-même est dans l’erreur, et je n’en parle pas sans douleurs.

En conséquence, je vous écris cette vérité que j’ai vue et entendue en fréquentant Jésus, afin que vous soyez sauvés, que vous ne soyez pas trompés par Satan et que vous ne périssiez pas dans le jugement de Dieu. Gardez-vous donc de quiconque vous prêche une doctrine nouvelle opposée à ce que je vous écris, pour que vous soyez sauvés à jamais. Que le grand Dieu soit avec vous et vous garde de Satan et de tout mal! Amen.

Comme vous pouvez le constater un lecteur du Coran ne serait pas dépaysé par un tel texte. Dès le prologue l’auteur entre dans une apologétique vive à l’encontre de la doctrine chrétienne. Les expressions elles-mêmes ne reflètent pas le style des évangiles canoniques. Par exemple « le grand et admirable Dieu », « le grand Dieu », résonnent plus comme des termes de sourates coraniques que comme des écrits du début de l’ère chrétienne.

Passages révélateurs de l’évangile selon Barnabé

Le texte est très long et ne peut être résumé dans un court article. Je vous propose simplement de voir deux passages révélateurs de l’identité du texte. Tout d’abord voici un extrait du chapitre 13:

Jésus ayant prononcé ces mots, voici que l’ange Gabriel vint à lui en disant: « Ne crains pas, Jésus, car des milliers et des milliers de ceux qui habitent au-dessus du ciel conservent tes vêtements. Tu ne mourras pas avant que s’accomplisse toute chose et que le monde soit proche de sa fin ». Jésus tomba la face contre terre en disant: « Seigneur, grand Dieu, qu’elle est grande ta miséricorde à mon égard! Que te donnerais-je, Seigneur, pour tout ce que tu m’as donné? » L’ange Gabriel répondit: « Lève-toi, Jésus, et souviens-toi d’Abraham! Pour accomplir la parole de Dieu, il voulait sacrifier Ismaël, son fils unique. Or, comme son couteau ne pouvait trancher son fils, il offrit, sur ma parole, un mouton à sacrifier. Tu feras donc de même, toi aussi, Jésus, serviteur de Dieu! » Jésus répondit: « Volontiers, mais où trouverais-je l’agneau, car je n’ai pas d’argent, et il n’est pas permis de voler ». Alors l’ange Gabriel lui présenta un bélier et Jésus l’offrit en sacrifice en louant et bénissant Dieu qui est glorieux à jamais.

Nous notons dans ce passage que c’est par l’intermédiaire de l’ange Gabriel que Dieu s’adresse à Jésus, utilisant ainsi le même procédé que pour révéler le Coran à Mohammed. Nous voyons aussi que c’est Ismaël qui est offert en sacrifice et non Isaac. Ces marqueurs appuient la thèse d’un texte tardif rédigé par des musulmans.

Voici maintenant vers la fin du récit ce que raconte l’évangile de Barnabé au sujet de la capture de Jésus, nous sommes au chapitre 215:

Comme les soldats et Juda approchaient de l’endroit où se trouvait Jésus, celui-ci entendit venir beaucoup de monde. Il eu peur et se retira dans la maison. Les onze dormaient. Mais Dieu voyant le périple que courait son serviteur ordonna à Gabriel, Michel, Raphaël et Uriel, ses serviteurs, d’enlever Jésus du monde. Les saints anges vinrent et enlevèrent Jésus par la fenêtre qui fait face au midi. Ils l’emportèrent et le mirent au troisième ciel avec des anges, bénissant Dieu à jamais.

Quel retournement de situation! Finalement Jésus ne sera pas crucifié, il sera enlevé et amené au ciel par une escorte d’anges. Cette version est semblable au Coran qui parle de « faux-semblant » au sujet de la crucifixion de Jésus.

Que retenir de l’évangile selon Barnabé?

L’évangile de Barnabé est un texte auquel font parfois référence les musulmans à des fins d’apologétique. Certains semblent considérer qu’il rétablit la réalité des faits concernant la nature de Jésus, qui n’est qu’un serviteur de Dieu, et la doctrine, entre autre le fait qu’il faut être physiquement circoncis pour plaire à Dieu. Comme nous l’avons vu dans cet article les manuscrits sont très tardifs par rapport au ministère de Jésus, et comportent d’évidents marqueurs d’une rédaction de la main de personnes musulmanes. Néanmoins il s’agit d’un précieux document qui permet de se rendre compte des différences de doctrine entre l’islam et le christianisme.

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