Une lecture politique de l’évangile

Chères lectrices, chers lecteurs,

les évangiles regorgent de récits de guérison et d’exorcisme. Ces passages reflètent la richesse du ministère terrestre de Jésus et insistent sur la puissance de Dieu. Souvent une lecture plus fine est possible, je vous propose une court article sur l’interprétation politique du fameux passage de Jésus guérissant un homme possédé que nous trouvons dans l’évangile selon Marc au chapitre 5.

191

Marc 5.1-20

Voici tout d’abord le récit, tel qu’il est rapporté dans l’évangile selon Marc, chapitre 5 et les versets 1 à 20 (version Segond 1910):

1 Ils arrivèrent à l’autre bord de la mer, dans le pays des Gadaréniens. 2 Aussitôt que Jésus fut hors de la barque, il vint au-devant de lui un homme, sortant des sépulcres, et possédé d’un esprit impur. 3 Cet homme avait sa demeure dans les sépulcres, et personne ne pouvait plus le lier, même avec une chaîne. 4 Car souvent il avait eu les fers aux pieds et avait été lié de chaînes, mais il avait rompu les chaînes et brisé les fers, et personne n’avait la force de le dompter. 5 Il était sans cesse, nuit et jour, dans les sépulcres et sur les montagnes, criant, et se meurtrissant avec des pierres. 6 Ayant vu Jésus de loin, il accourut, se prosterna devant lui, 7 et s’écria d’une voix forte : Qu’y a-t-il entre moi et toi, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut ? Je t’en conjure au nom de Dieu, ne me tourmente pas. 8 Car Jésus lui disait : Sors de cet homme, esprit impur ! 9 Et, il lui demanda : Quel est ton nom ? Légion est mon nom, lui répondit-il, car nous sommes plusieurs. 10 Et il le priait instamment de ne pas les envoyer hors du pays. 11 Il y avait là, vers la montagne, un grand troupeau de pourceaux qui paissaient. 12 Et les démons le prièrent, disant : Envoie-nous dans ces pourceaux, afin que nous entrions en eux. 13 Il le leur permit. Et les esprits impurs sortirent, entrèrent dans les pourceaux, et le troupeau se précipita des pentes escarpées dans la mer : il y en avait environ deux mille, et ils se noyèrent dans la mer. 14 Ceux qui les faisaient paître s’enfuirent, et répandirent la nouvelle dans la ville et dans les campagnes. Les gens allèrent voir ce qui était arrivé. 15 Ils vinrent auprès de Jésus, et ils virent le démoniaque, celui qui avait eu la légion, assis, vêtu, et dans son bon sens; et ils furent saisis de frayeur. 16 Ceux qui avaient vu ce qui s’était passé leur racontèrent ce qui était arrivé au démoniaque et aux pourceaux. 17 Alors ils se mirent à supplier Jésus de quitter leur territoire.

18 Comme il montait dans la barque, celui qui avait été démoniaque lui demanda la permission de rester avec lui. 19 Jésus ne le lui permit pas, mais il lui dit : Va dans ta maison, vers les tiens, et raconte-leur tout ce que le Seigneur t’a fait, et comment il a eu pitié de toi. 20 Il s’en alla, et se mit à publier dans la Décapole tout ce que Jésus avait fait pour lui. Et tous furent dans l’étonnement.

Le sens premier du texte

Avant de passer aux choses sérieuses, quelques mots sur le sens premier du texte. Je ne vais pas m’étendre au risque de faire de la paraphrase. Jésus chasse les démons qui se précipitent dans des porcs et se jettent dans l’eau, OK. Nous pouvons voir la force de la délivrance opérée par Jésus, les porcs se jetant dans l’eau pouvant être perçus comme une préfiguration eschatologique du destin à la fin des temps des forces démoniaques, à savoir un aller simple pour le Lac de Feu.

Nous observons qu’à la fin du récit l’homme délivré est appelé par Jésus lui-même à aller parler de ce miracle, donc à répandre la Bonne Nouvelle. L’homme ira clamer haut et fort son aventure dans la décapole, à savoir un territoire constitué de dix villes à l’est du Jourdain fondées par des colons grecs quelques siècles plus tôt, donc des villes majoritairement païennes. L’évangile de Marc est le plus court et le plus concentré, nous pouvons le lire rapidement un peu comme une propagation expresse de l’évangile. L’homme délivré ici est une manifestation de l’évangile en mouvement vers les nations païennes, affirmant le fait que la Bonne Nouvelle ne concerne pas simplement les juifs, mais tous ceux qui l’entendent. L’apôtre Paul dira dans la lettre aux Colossiens il n’y a ici ni Grec ni Juif, ni circoncis ni incirconcis, ni barbare ni Scythe, ni esclave ni libre; mais Christ est tout et en tous.

Un manifeste contre l’oppression

Après avoir extrait rapidement le sens premier, il y aurait encore beaucoup à dire, attardons nous aux autres messages contenus dans cet extrait. Nous pouvons voir ce texte comme un manifeste contre l’envahisseur Romain. Comme vous le savez la région est administrée directement, ou par l’intermédiaire de Rois de pacotilles, par Rome depuis la conquête du Général Pompée en 63 avant Jésus Christ. Vous avez remarqué que les démons n’ont pas de nom propre mais sont appelés « légion », comme une légion Romaine. Certes légion passe pour dire une multitude, simplement le contexte d’une terre envahie par Rome confère une tonalité politique à ce texte.

Le mot n’est pas choisi par hasard, il s’agit de λεγιων dans la version originale, un mot grec d’origine latine (si si, il y en a!). De plus nous savons que l’évangile selon Marc est rédigé par une personne proche de l’entourage de l’apôtre Pierre et qu’il est destiné à l’origine à un lectorat païen, contrairement à l’évangile selon Matthieu lui destiné à un lectorat Juif. Nous pouvons donc interpréter cette délivrance comme une volonté de se libérer des légions, donc de l’oppresseur Romain. L’évangile selon Marc est le plus ancien, probablement un des premiers à avoir circulé dans les églises naissantes, donc entre autre à Rome. Le message est très fort et à peine voilé, l’homme est heureux d’être libéré des légions et s’en va proclamer la Bonne Nouvelle à qui veut l’entendre.

Peut-on y voir une prophétie politico-religieuse?

Il y a trois choses avec lesquelles il faut être très prudent dans la vie: l’angle mort dans les rétroviseurs, les dates limites de déclaration des impôts et les prophéties. Il se développe en ces temps d’internet et de communication rapide une nouvelle maladie, la « prophétite aiguë ». Ce mal consiste à voir de la prophétie partout, tout le temps. Ce mal peut pousser à sur-interpréter des textes en leur donnant finalement le sens que l’on veut. La seule prophétie politico-religieuse que l’on peut voir ici se trouve dans le verset 6, quand il est dit que le possédé court vers Jésus et se prosterne. Comme nous l’avons vu plus haut la légion de démons peut ici symboliser l’armée Romaine, or l’homme se prosterne alors qu’il est encore possédé par cette armée. Avec beaucoup de prudence, un brin d’audace et un soupçon d’imagination nous pouvons penser qu’il est fait allusion ici au fait que l’Empereur et les armées Romaines vont un jour se prosterner devant Jésus, ce qui arrivera en effet au IVe siècle avec Constantin Ier.

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