Les précurseurs de la réforme

Chères lectrices, chers lecteurs,

comme vous le savez l’histoire retient la date du 31 octobre 1517 pour marquer le début de la réforme protestante. Cette date correspond à l’affichage des 95 thèses de Martin Luther contre les indulgences. L’éclairage sur l’oeuvre du réformateur allemand et sur la théologie de Jean Calvin occulte souvent les précurseurs de la réforme. Nous allons survoler dans cet article les œuvres de John Wyclif et de Jan Hus, qui au XIVe et au XVe siècle lancèrent les bases de la réforme du XVIe siècle.

Jan_Hus(1370-1415)

John Wyclif (1331-1384), la Bible et Dieu au centre de la théologie

John Wyclif était un théologien anglais. Son oeuvre se compose d’ouvrages conceptuels ainsi que de commentaires de la Bible. Ce qui ressort de ses écrits est une remise au centre des discussions de Dieu et de la Bible. Il va militer pour une traduction des Saintes Écritures en langue courante pour un accès élargi à la Parole de Dieu. Remettre Dieu à l’honneur, un Soli Deo Gloria avant la lettre, va passer par une remise en cause du rôle du clergé.

Le retour au message des évangiles fera de John Wyclif un ardent défenseur de la thèse de la prédestination, en des termes encore plus insistants que ceux qui seront employés plus tard par Jean Calvin. Il y a aussi un message dans cette thèse de la prédestination, celui d’une grâce inconditionnelle à laquelle le clergé ne peut rien. En insistant sur l’élection inconditionnelle John Wyclif démontre qu’aucun membre du clergé, pas même le Pape, n’a une quelconque influence sur le Salut de l’âme. Le théologien ne nie pas l’importance des prédications et des sacrements, loin s’en faut, simplement il montre que le Salut de l’âme n’est pas conditionné au bon vouloir des indulgences délivrées par le clergé.

John Wyclif va rejeter toute superstition, culte des images, transsubstantiation, indulgences, prière pour les morts. Nous ne sommes pas loin en terme de théologie des thèses de Jean Calvin, simplement John Wyclif n’a pas eu le temps ni les compétences pour formuler clairement ses idées sous forme d’une somme de théologie claire comme a su le faire le réformateur français. Cependant la matière est là, le théologien anglais a su remettre Dieu au centre de la théologie, libérant le chrétien de la servitude du clergé. Bien entendu ses écrits seront interdits et jugés hérétiques par Rome.

Jan Hus (1369-1415), l’érudit

Disons les choses simplement: Jan Hus, c’est pas n’importe qui. Le tchèque est probablement un des théologiens les plus érudits et les plus doués de l’ère chrétienne. Né en 1369 dans une famille de paysans pauvres, il va étudier la théologie, la philosophie et les arts libéraux. Linguiste distingué, ses écrits font montre d’une maîtrise de la langue exceptionnelle. Il deviendra en 1401, à l’age de 32 ans seulement, doyen de la faculté de philosophie de Prague. Une tête bien faite!

Excellent orateur, Jan Hus va dans ses prédications et ses écrits reprendre les thèses de John Wyclif pour développer une théologie contre le trafic des indulgences, insistant sur la grâce de Dieu. Il va aussi démocratiser l’accès à la Bible en demandant une traduction en langue commune. Il sera excommunié en 1411 par Rome. La suite des événements prendra une tournure politique, Jan Hus se rendra en 1414 au concile de Constance afin de défendre publiquement ses thèses devant le gratin de la papauté réuni au grand complet. Bien que bénéficiant d’un sauf-conduit délivré par l’Empereur Sigismond il sera réduit à l’état laïc et brûlé vif en 1415 pour ne pas s’être rétracté. Orateur brillant, théologien surdoué, Jan Hus a de plus eu le courage d’assumer ses thèses jusqu’au bûcher, qu’il aurait pu éviter si il s’était rétracté.

Avant de mourir Jan Hus aurait proclamé « ils peuvent tuer l’oie (Hus en tchèque), dans 100 ans apparaîtra un cygne qu’ils ne pourront brûler. » Le cygne Martin Luther est arrivé à la bonne heure en 1517.

600 ans après Jan Hus

John Wyclif et Jan Hus comptent parmi les inspirateurs de la réforme protestante du XVIe siècle. Certes Martin Luther a publié ses thèses à la renaissance, cependant il était marqué par la fin du moyen age incarnée par John Wyclif et Jan Hus. Martin Luther, qui reprendra les thèses de Jan Hus, est donc plus la fin de cette période de pré-réforme que le début de la réforme à proprement parler. La théologie organisée et clarifiée sera l’oeuvre de Jean Calvin qui avec son Institution de la Religion Chrétienne en 1536 va justifier point par point de façon logique et ordonnée la foi réformée.

Hus, Wyclif, Luther, Calvin, autant de théologiens qui avaient pour point commun de mettre Dieu au centre des propos, loin de toute superstition. La large diffusion de la Bible, la compréhension de la grâce et de la Foi, sont l’héritage de ces personnes et de tant d’autres.

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