Que penser du final de l’évangile selon Marc?

Chères lectrices, chers lecteurs,

l’évangile selon Marc est, avec Matthieu et Luc un des trois évangiles synoptiques. Ils proposent un récit du ministère du Christ avec de nombreux points communs. Marc est selon la tradition un proche de l’apôtre Pierre et laisse la trace d’un texte concis, mettant en avant les miracles du Christ. Cet évangile est apprécié pour son rythme et le fait qu’il permet en moins d’une heure, à un rythme de lecture standard, d’avoir un panorama complet des faits survenus durant la vie terrestre de Jésus. Les exégètes s’accordent en général pour dire que c’est l’évangile le plus ancien.

Le final de cet évangile, qui raconte la résurrection du Christ, est considéré comme un ajout tardif du temps des pères de l’église. Qu’en penser?

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Le dernier chapitre de l’évangile selon Marc

Voici le chapitre 16 de l’évangile selon Marc, qui clôt le livre (version Segond 1910):

1 Lorsque le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé, achetèrent des aromates, afin d’aller embaumer Jésus. 2 Le premier jour de la semaine, elles se rendirent au sépulcre, de grand matin, comme le soleil venait de se lever. 3 Elles disaient entre elles : Qui nous roulera la pierre loin de l’entrée du sépulcre ? 4 Et, levant les yeux, elles aperçurent que la pierre, qui était très grande, avait été roulée. 5 Elles entrèrent dans le sépulcre, virent un jeune homme assis à droite vêtu d’une robe blanche, et elles furent épouvantées. 6 Il leur dit : Ne vous épouvantez pas; vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié; il est ressuscité, il n’est point ici; voici le lieu où on l’avait mis. 7 Mais allez dire à ses disciples et à Pierre qu’il vous précède en Galilée : c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit. 8 Elles sortirent du sépulcre et s’enfuirent. La peur et le trouble les avaient saisies; et elles ne dirent rien à personne, à cause de leur effroi.
9 Jésus, étant ressuscité le matin du premier jour de la semaine, apparut d’abord à Marie de Magdala, de laquelle il avait chassé sept démons. 10 Elle alla en porter la nouvelle à ceux qui avaient été avec lui, et qui s’affligeaient et pleuraient. 11 Quand ils entendirent qu’il vivait, et qu’elle l’avait vu, ils ne le crurent point.
12 Après cela, il apparut, sous une autre forme, à deux d’entre eux qui étaient en chemin pour aller à la campagne. 13 Ils revinrent l’annoncer aux autres, qui ne les crurent pas non plus.
14 Enfin, il apparut aux onze, pendant qu’ils étaient à table; et il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur cœur, parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu ressuscité.
15 Puis il leur dit : Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. 16 Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. 17 Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom, ils chasseront les démons; ils parleront de nouvelles langues; 18 ils saisiront des serpents; s’ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur fera point de mal; ils imposeront les mains aux malades, et les malades, seront guéris.
19 Le Seigneur, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel, et il s’assit à la droite de Dieu. 20 Et ils s’en allèrent prêcher partout. Le Seigneur travaillait avec eux, et confirmait la parole par les miracles qui l’accompagnaient.

La partie incontestée, les versets 1 à 8

Selon les exégètes l’évangile dans sa version primaire se termine au verset 8. Quelle fin abrupte! Une magnifique fin à vrai dire. L’évangéliste a procédé à un effet de style scénaristique que n’aurait pas renié une série à suspens. Marc termine son évangile avec la découverte d’un tombeau vide par les deux femmes.

L’ajout supposé, les versets 9 à 20

Je ne vais pas disserter ici du fait que oui ou non les versets 9 à 20 sont authentiques. Ce sujet de l’authenticité du final de Marc est pourtant brûlant. En effet, les partisans de l’authenticité affirment qu’il est impensable que l’évangile le plus ancien ne raconte pas la résurrection. Les exégètes critiques constatent que ce final ne figure pas sur les plus anciens manuscrits. Bref, le débat est bloqué.

On constate que ces versets 9 à 20 ressemblent fort à un résumé de ce qu’on trouve dans d’autres textes, par exemple les versets 12 et 13 sont probablement une allusion à l’apparition du Christ aux deux disciples sur la route d’Emmaüs qu’on trouve dans l’évangile selon Luc.

Est-ce vraiment important?

Je pense que ce débat passionné n’est pas important. Pas important tout simplement car il existe un écrit antérieur à l’évangile de Marc qui parle de la résurrection de Jésus. Les commentateurs de la Bible s’accordent à dire que l’écrit chrétien canonique le plus ancien est la première épître aux Thessaloniciens, qui aurait été rédigée par l’apôtre Paul en l’an de grâce 51.

On peut lire au chapitre 4 verset 14: « si nous croyons que Jésus est mort et qu’il est ressuscité, nous croyons aussi que Dieu ramènera par Jésus et avec lui ceux qui sont morts ». Cette première lettre aux Thessaloniciens est antérieure de 10 ou 15 années à l’évangile selon Marc et nous voyons qu’il y est fait mention de la résurrection du Christ.

Ainsi le fait que ce final de Marc est un ajout tardif n’enlève en rien le fait que la résurrection du Christ est évoquée dans les premiers écrits chrétiens.

Pourquoi il est bon de s’arrêter au verset 8

Je suis vous l’avez compris partisan de la thèse de l’ajout tardif, le travail des exégètes est très bon sur le sujet et ne laisse aucun doute. Il y a quatre évangiles, ce n’est pas pour rien. En s’arrêtant au verset 8, l’évangéliste nous pose une question: en quoi croyons nous? En effet la foi chrétienne peut parfois se résumer en: « que croyez-vous face à un tombeau vide? » En arrêtant la lecture au verset 8, là où je pense l’original s’arrête, on se retrouve face à un tombeau vide et notre foi est interrogée. Il y a bien assez de passages parlant de la résurrection pour se dispenser de cet ajout tardif des versets 9 à 20!

Le seul intérêt de l’ajout des versets 9 à 20 est de disposer d’un magnifique outil d’évangélisation, à savoir un texte complet et rapide à lire qui permet de survoler les moments clés du ministère de Jésus. La lecture de l’évangile selon Marc donne à qui veut se renseigner sur la vie du Christ un rapide aperçu, moins complexe théologiquement que l’évangile selon Jean.

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