Le Pape, relique vivante?

Chères lectrices, chers lecteurs,

au milieu des articles à la tonalité feutrée qui émaillent La Colombe je vous propose cette semaine des lignes un peu irrévérencieuses. Nous allons parler du Pape et de ce qu’il représente. Je ne reviendrai pas, si ce n’est brièvement, sur le rôle que lui prête l’église catholique romaine. Je vais plutôt tenter de dire ce qu’il représente pour nous protestants. Un indice, la réponse est presque dans le titre!

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On va pas refaire 1517… Mais quelques rappels tout de même

L’an prochain nous allons commémorer les 500 ans de l’affichage sur les portes de l’église de Wittemberg des 95 thèses de Martin Luther contre les indulgences, acte fondateur de la réforme protestante. Par ces thèses, Luther affirme l’impossibilité du rachat des âmes par les œuvres seules, le « juste vivant par la foi » comme il est écrit dans l’Ancien Testament dans le livre d’Habakuk, ce qui est rappelé dans la lettre aux Romains.

S’en suivra la doctrine des sacrements, montrant en quoi ils ne donnent pas en eux même la grâce, ce job étant la primauté de Dieu. Les sacrements institués par le Christ, baptême et Cène, sont des marqueurs de notre foi et de notre amour pour Dieu, mais en aucun cas ne sont des tours de passe-passe permettant à un injuste de devenir juste. Il en va de même du clergé, donc du Pape. On peut en déduire que pour nous protestants, le Pape est un pasteur. Un pasteur, certes guidant un nombre pléthorique de fidèles que sont les catholiques romains, mais simplement un pasteur. Ni plus, ni moins.

En clair nous affirmons Soli Deo Gloria, à Dieu seul la gloire, et rejetons tout prétendu pouvoir humain sur la volonté de Dieu. Le Pape n’est donc à nos yeux que le pasteur de la « paroisse Rome », avec laquelle nous avons certains points communs permettant de nous reconnaître mutuellement comme chrétiens (en gros les articles du symbole des apôtres), et des sévères différences qui nous séparent (rôle du Pape justement, statut de Marie, prière aux Saints, rôle des œuvres, prédestination, etc…).

L’humour de Jean Calvin

Le réformateur français a toujours le bon mot dès lors qu’il s’agit de parler du Pape. Voici ce qu’on peut lire dans son Traité des reliques (publié en 1543, la syntaxe peut sembler étrange, elle est d’époque):

Les peintres peuvent bien contrefaire des marmousets à leur plaisir, les dorant et ornant depuis la tête jusqu’aux pieds, puis après leur imposer le nom de Saint Pierre ou de Saint Paul. Mais on sait quelle a été leur état pendant qu’ils ont vécu en ce monde, et qu’ils n’ont eu autres accoutrements que de pauvres gens. Il y a aussi bien à Rome la chaire épiscopale de Saint Pierre, avec sa chasuble. Comme si de ce temps-là les évêques eussent eu des trônes pour s’asseoir. Mais leur office était d’enseigner, de consoler, d’exhorter en public et en particulier, et montrer exemple de vraie humilité à leur troupeau: non point de faire des idoles, comme font ceux de maintenant.

Quant est de sa chasuble, la façon n’était point encore venue de se déguiser: car on ne jouait point des farces en l’Eglise comme on fait à présent. Ainsi, pour prouver que Saint Pierre eut une chasuble, il faudrait premièrement montrer qu’il aurait fait du bateleur, comme font nos prêtres de maintenant, en voulant servir Dieu. Il est vrai qu’ils lui pouvaient bien donner une chasuble, quand ils lui ont assigné un autel; mais autant a de vraisemblance l’un comme l’autre.

On sait quelles messes on chantait alors. Les apôtres ont célébré de leur temps, simplement, la Cène de notre Seigneur, à laquelle il n’est point besoin d’avoir un autel. De la messe, on ne savait encore quelle bête c’était, et ne l’a-t-on pas su longtemps après. On voit bien donc que quand ils ont inventé leurs reliques, ils ne se doutaient point de jamais avoir contredisants, vu qu’ils ont ainsi osé impudemment mentir à bride avalée.

Du Calvin comme on l’aime! Le réformateur va jusqu’à parler de déguisement pour définir les vêtements sacerdotaux. Certes ce texte est acide et ironique, cependant il est fondateur de la culture sobre que nous pratiquons dans nos temples protestants. Et qui dit sobre ne dit pas triste, nos gospels en témoignent.

Que retenir de tout ça?

Vouloir parler de façon exhaustive du sujet du Pape vu par les protestants aurait nécessité un ouvrage entier, que ne saurait résumer cet article. Avec sa tonalité au vitriol Jean Calvin a je pense vu juste, à savoir qu’en quelques sortes le Pape représente l’image que les fidèles ont, consciemment ou pas, de « l’homme d’église » éternel. En quelques sortes, le Pape est une relique vivante. Une relique du temps où on pensait que Jésus et ses apôtres ressemblaient à des peintures de la renaissance. En ce sens je comprends qu’il soit une figure rassurante, une personne myope et sans longue vue pourrait penser du fond de la place Saint-Pierre de Rome que c’est la même personne depuis toujours, éternelle silhouette blanche se détachant du décors (ce qui est en fait inexact, les Papes n’ont pas toujours été vêtus de blanc).

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