Le livre de Ruth

Chères lectrices, chers lecteurs,

nous allons parler aujourd’hui du livre de Ruth. Coincée entre les deux monuments que sont le livre des juges et le premier livre de Samuel l’histoire de Ruth est trop souvent délaissée dans les études bibliques. Je vous propose une petite découverte, ou redécouverte, de cette histoire fabuleuse.

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Contexte biblique et datation du livre de Ruth

L’histoire de Ruth est située à la période des juges, c’est à dire vers la fin du XIIe siècle avant Jésus Christ. Entrés en terre promise sous la conduite de Josué, les israélites connurent tout d’abord le régime des juges, parmi lesquels et pour citer les plus célèbres Gédéon, Jephté et Samson. C’est un temps de discorde entre les tribus d’Israël fraîchement établies sur leur territoire, un temps de lutte contre le peuple des philistins. Le prophète Samuel sera le dernier juge en Israël au XIe siècle, s’ensuivra le temps de la monarchie unifiée avec Saül, David et Salomon.

Le livre de Ruth est attribué par la tradition juive à Samuel. Les exégètes retiennent une rédaction plus tardive, peut-être sous le règne du Roi David au tournant des XIe et Xe siècles. Comme nous allons le voir une raison théologique majeure semble donner raison aux exégètes.

 Une étrangère à Bethléem

L’arrivée de la Moabite Ruth est rocambolesque et le fruit d’un concours de circonstances. Les premiers versets du chapitre premier nous dressent ces circonstances:

1 Du temps des juges, il y eut une famine dans le pays. Un homme de Bethléem de Juda partit, avec sa femme et ses deux fils, pour faire un séjour dans le pays de Moab. 2 Le nom de cet homme était Elimélec, celui de sa femme Naomi, et ses deux fils s’appelaient Machlon et Kiljon; ils étaient Ephratiens, de Bethléem de Juda. Arrivés au pays de Moab, ils y fixèrent leur demeure. 3 Elimélec, mari de Naomi, mourut, et elle resta avec ses deux fils. 4 Ils prirent des femmes Moabites, dont l’une se nommait Orpa, et l’autre Ruth, et ils habitèrent là environ dix ans. 5 Machlon et Kiljon moururent aussi tous les deux, et Naomi resta privée de ses deux fils et de son mari.

Comme vous le voyez, l’israélite Naomi se retrouve avec ses belles filles sur les bras suite à la mort de son mari et de ses deux fils. L’important ici c’est que c’est une famine qui a entraîné Elimélec, Naomi et leurs enfants à se rendre en pays de Moab. La famine est souvent la représentation symbolique d’un manque de foi, il devait donc y avoir chez les israélites une famine spirituelle à ce moment là. Nous verrons en quoi cette famine sera comblée.

Suite à ces incidents, Naomi rentre à Bethléem accompagnée de Ruth.

Rencontre de Ruth et de Boaz, la moisson

Les premiers versets du chapitre 2 nous racontent la rencontre entre Ruth et Boaz, un homme puissant appartenant au clan de son père décédé:

1 Naomi avait un parent de son mari. C’était un homme puissant et riche, de la famille d’Elimélec, et qui se nommait Boaz.
2 Ruth la Moabite dit à Naomi : Laisse-moi, je te prie, aller glaner des épis dans le champ de celui aux yeux duquel je trouverai grâce. Elle lui répondit : Va, ma fille. 3 Elle alla glaner dans un champ, derrière les moissonneurs. Et il se trouva par hasard que la pièce de terre appartenait à Boaz, qui était de la famille d’Elimélec. 4 Et voici, Boaz vint de Bethléem, et il dit aux moissonneurs : Que l’Eternel soit avec vous! Ils lui répondirent : Que l’Eternel te bénisse ! 5 Et Boaz dit à son serviteur chargé de surveiller les moissonneurs : A qui est cette jeune femme ? 6 Le serviteur chargé de surveiller les moissonneurs répondit : C’est une jeune femme Moabite, qui est revenue avec Naomi du pays de Moab. 7 Elle a dit : Permettez-moi de glaner et de ramasser des épis entre les gerbes, derrière les moissonneurs. Et depuis ce matin qu’elle est venue, elle a été debout jusqu’à présent, et ne s’est reposée qu’un moment dans la maison.
Ruth s’invite à la moisson. L’allégorie est immanquable, l’étrangère Ruth recueil le pain des israélites. L’acceptation d’une moabite dans le peuple élu ne manque pas de caractère, nous sommes en présence tout simplement d’une convertie. Ruth bien entendu trouve grâce aux yeux de Boaz, voici ce que disent les versets 10 à 13 du chapitre 2:
10 Alors elle tomba sur sa face et se prosterna contre terre, et elle lui dit : Comment ai-je trouvé grâce à tes yeux, pour que tu t’intéresses à moi, à moi qui suis une étrangère ? 11 Boaz lui répondit : On m’a rapporté tout ce que tu as fait pour ta belle-mère depuis la mort de ton mari, et comment tu as quitté ton père et ta mère et le pays de ta naissance, pour aller vers un peuple que tu ne connaissais point auparavant. 12 Que l’Eternel te rende ce que tu as fait, et que ta récompense soit entière de la part de l’Eternel, le Dieu d’Israël, sous les ailes duquel tu es venue te réfugier ! 13 Et elle dit : Oh! que je trouve grâce à tes yeux, mon seigneur ! Car tu m’as consolée, et tu as parlé au cœur de ta servante. Et pourtant je ne suis pas, moi, comme l’une de tes servantes.
Une descendance prestigieuse
Par un droit d’acquisition relevant de la loi de l’époque, Boaz rachète ce qui appartenait au beau-père de Ruth. Bien entendu, Boaz et Ruth se marient. Ce qui est important de souligner ici c’est la portée de la descendance de Ruth et Boaz. En effet voici les derniers versets du livre de Ruth, au chapitre 4:
13 Boaz prit Ruth, qui devint sa femme, et il alla vers elle. L’Eternel permit à Ruth de concevoir, et elle enfanta un fils. 14 Les femmes dirent à Naomi : Béni soit l’Eternel, qui ne t’a point laissé manquer aujourd’hui d’un homme ayant droit de rachat, et dont le nom sera célébré en Israël ! 15 Cet enfant restaurera ton âme, et sera le soutien de ta vieillesse; car ta belle-fille, qui t’aime, l’a enfanté, elle qui vaut mieux pour toi que sept fils. 16 Naomi prit l’enfant et le mit sur son sein, et elle fut sa garde. 17 Les voisines lui donnèrent un nom, en disant : Un fils est né à Naomi ! Et elles l’appelèrent Obed. Ce fut le père d’Isaï père de David.
18 Voici la postérité de Pérets. Pérets engendra Hetsron; 19 Hetsron engendra Ram; Ram engendra Amminadab; 20 Amminadab engendra Nachschon; Nachschon engendra Salmon; 21 Salmon engendra Boaz; Boaz engendra Obed; 22 Obed engendra Isaï; et Isaï engendra David.

Comme vous pouvez le voir, Boaz et Ruth sont les arrières-grands parents du Roi David. Or, le Roi David est le descendant de Jésus, par filiation légale si on considère la généalogie donnée au premier chapitre de l’évangile selon Matthieu et par filiation de sang si on considère la généalogie du côté de Marie.

Portée du livre de Ruth

Une fois n’est pas coutume, la meilleure façon d’appréhender le livre de Ruth est de le lire, il n’y a que quatre chapitres, vous en viendrez à bout en une petite demie-heure. L’importance du texte est de faire apparaître un premier cas de conversion d’une personne qui n’appartient pas à sa naissance au peuple israélite. Disons le premier cas développé, certains biblistes considérant le beau-père de Moïse comme le premier converti.

Le grand enseignement de cette aventure du Ruth est que les origines ethniques ne comptent pas dans le plan de Dieu. En effet c’est de la descendance d’un membre de la tribu de Juda, Boaz, et d’une étrangère moabite, Ruth, que naîtra le grand Roi David. La portée est aussi prophétique. Les convertis non-israélites de sang sont très peu nombreux dans la Bible, il n’y en a presque pas. Ceci préfigure que le Messie, le Christ, fera alliance non pas avec le peuple juif seulement, mais ira chercher ses brebis parmi toutes les nations.

L’apôtre Paul dira dans la lettre aux Galates, au chapitre 3:

26 Car vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus-Christ; 27 vous tous, qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. 28 Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. 29 Et si vous êtes à Christ, vous êtes donc la postérité d’Abraham, héritiers selon la promesse.

On se demande souvent par quel bout prendre la Bible quand on entreprend de l’étudier. Bien entendu il y a les figures imposées, les évangiles, les grandes lettres de Paul, la Genèse, l’Exode, les psaumes, les grands prophètes. Je place à titre personnel le livre de Ruth dans la liste obligatoire. Il s’agit tout d’abord d’un texte facile à lire, avec une histoire claire. Surtout ce texte préfigure l’ouverture de la promesses de Dieu à tous les peuples, par ce mariage improbable entre un israélite et une moabite ayant donné pour descendance le Roi David et Jésus Christ lui-même.

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