Plongée au cœur des manuscrits de la mer Morte

Chères lectrices, chers lecteurs,

je vous propose ce vendredi de voyager un peu dans les manuscrits de la mer Morte. Nous allons faire un bref rappel du contexte de leur découverte, dire ce qu’ils contiennent et donner quelques extraits.

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1947-1956 La découverte d’une bibliothèque

Les manuscrits de la mer Morte ont été découverts en 1947 près du site de Qumrân par un bédouin. Les écrits étaient contenus dans des jarres placées dans des grottes, permettant une très bonne conservation. Le site est constitué de quatre grottes principales (il y en a 11 en tout), qui seront successivement découvertes jusqu’en 1956.

Le site de Qumrân est célèbre pour avoir été le lieu de vie de la communauté des esséniens, groupe religieux en marge du clergé dominant de Jérusalem à l’aube de l’ère chrétienne.

Le contenu et la datation des textes

Les manuscrits sont simplement des copies de la Bible hébraïque. On y retrouve par exemple 39 copies des psaumes, 33 copies du Deutéronome, 24 copies du livre de la Genèse, etc… On y trouve aussi des livres non retenus dans le canon de la Bible comme le livre d’Hénoch.

Le plus grand trésor de cette collection est sans doute le grand rouleau d’Esaïe. C’est une pièce de plus de 7 mètres de long contenant une copie intégrale du livre d’Esaïe. Il s’agit de la plus ancienne copie complète d’un livre de la Bible, effectuée au deuxième siècle avant notre ère.

Les manuscrits de la mer Morte ont été rédigés entre le troisième siècle avant Jésus Christ et le premier siècle de notre ère.

Importance des manuscrits de la mer Morte pour nos bibles actuelles

Les textes de Qumrân ont apporté un éclairage nouveau sur certains passages bibliques. Les manuscrits ont permis d’affiner encore plus les traductions bibliques, les éditions récentes (Segond 21, Bible de Jérusalem, etc…) ont donc profité de cet apport pour enrichir les traductions avec une meilleure compréhension de la langue hébraïque.

Manuscrit 1QapGen, où il est question de Lamech, Hénoch et Mathusalem

Ce manuscrit (le « 1Q » signifie qu’il a été découvert dans la grotte N°1) ne fait pas partie des textes du canon biblique, il n’est donc pas à retenir pour la doctrine. Cependant il nous livre les interrogations des rédacteurs quant au bien fondé de leur foi. D’où vient mon enfant? N’est-il pas le fruit d’un démon ou que sais-je? Dans l’extrait que je vous propose, Lamech s’inquiète de la provenance de son enfant à naître, le futur Noé. Il va donc consulter son père Mathusalem pour en savoir un peu plus:

Sur ce, moi, Lamech, je courus chez Mathusalem mon père, et lui [contait] toute l’affaire, [pour qu’il allât s’enquérir auprès d’Hénoch,] son père, et établît avec certitude ce qu’il en était. Car lui, Hénoch, est très aimé et [… des Etres Saints] il partage le sort. Ils ne lui cachent rien. Quand Mathusalem eut vent [de ce problème], il s’en alla chez son père Hénoch, afin d’apprendre de lui toute la vérité […] sa volonté. Alors il monta dans la sphère céleste la plus élevée, Parvain, et là il trouva Hénoch avec [les Etres Saints]. Il dit à Hénoch, son père: « O mon père, mon seigneur, je [suis venu] à toi […] [entendre] ce que je te dis. Ne m’en veux pas d’être venu jusqu’ici […] ».

Texte étonnant n’est-ce pas? On constate que la généalogie est respectée par rapport au texte canonique de la Genèse au chapitre 5, Lamech est bien le fils de Mathusalem, Mathusalem est bien le fils d’Hénoch. Ce qui est étonnant est la position d’Hénoch. Nous savons par la Genèse qu’il a été enlevé au ciel directement sans connaitre la mort, ici Mathusalem semble lui rendre visite après son ascension.

Si cet extrait ne saurait trouver sa place dans le canon biblique, il est néanmoins intéressant pour se rendre compte de la façon dont les rédacteurs du troisième siècle avant notre ère imaginaient les détails de l’histoire de la descendance d’Adam.

Manuscrit 4Q88, deux Psaumes apocryphes

Les manuscrits de la mer Morte contiennent 39 copies des 150 Psaumes devenus canoniques. Ils contiennent aussi quelques raretés, comme le manuscrit 4Q88 et ces deux petits Psaumes non attribués:

Psaume sur les derniers jours

[…] Alors ils exalterons le nom du Seigneur, car il viendra juger toutes les œuvres, éliminer les impies de la terre: les [hommes] iniques n’existeront plus. Les cieux [donneront] leur rosée, plus de mal sous leur voûte; la terre offrira ses richesse selon la saison, son produit jamais trop maigre; les arbres fruitiers offriront leur récolte dans leurs clos, leurs printemps jamais en défaut. Les pauvres mangeront, ceux qui craignent le Seigneur seront rassasiés.

Petit psaume apocryphe très intéressant! Il s’agit d’une vision eschatologique qui n’est pas sans rappeler certains messages des évangiles. C’est même assez troublant de retrouver dans les manuscrits de la mer Morte un texte ayant une telle portée. On comprend sans mal que le sanhédrin de l’époque a jugé apocryphe et donc non retenu dans la liste des « psaumes officiels » un tel texte, très proche de l’enseignement du Christ.

Appel à Juda

[…] Alors le ciel et la terre entament leurs louanges à l’unisson, que toutes les étoiles du soir fassent entendre leurs louanges! Réjouis-toi, ô Juda, réjouis-toi et sois dans l’allégresse! Accomplis tes pèlerinages, acquitte-toi de tes vœux car Bélial n’existe plus. Lève haut ta main, affermis ta droite: vois, les ennemis ont péri, tous les artisans d’iniquité ont été dispersés. Car Toi, ô Seigneur, Tu es éternel, Ta gloire est établie pour les siècles des siècles.

Le mot siècle n’apparaît qu’une fois dans l’Ancien Testament, c’est au verset 13 du Psaume 145, Ton règne est un règne de tous les siècles et ta domination subsiste dans tous les âges. En revanche l’expression siècles des siècles, très courante dans le Nouveau Testament, ne figure pas une seule fois dans la Bible hébraïque. Il est donc étonnant de la voir figurer dans ce Psaume et nous comprenons mieux pourquoi il a été jugé apocryphe par le sanhédrin ayant constitué le canon juif des écritures.

Manuscrit 1QpHab, le commentaire des textes sacrés ne date pas d’hier

Ce manuscrit n’est rien de moins qu’un commentaire du livre d’Habakuk. On voit que l’auteur de ces lignes est particulièrement sévère avec ceux qui ne suivent pas la loi. Il extrapole aussi avec une interprétation personnelle sur la destination des propos du livre d’Habakuk.

[« Ouvrez les yeux, traîtres, et regardez,] [et soyez frappés – stupéfaits – car le Seigneur accomplit en votre temps ce que vous refuseriez de croire si] on vous le racontait ».

[Ce passage renvoie aux] traîtres ligués à l’Homme de mensonge, parce qu’ils n’ont pas [obéi aux paroles du] Maître de justice émanant de la bouche de Dieu. Il renvoie également aux traîtres de la Nouvelle Alliance, parce qu’ils n’ont pas cru à l’alliance de Dieu et [ont profané] son saint nom; et enfin il renvoie aux traîtres des derniers jours. Ce sont les cruels israélites qui refusent de croire lorsqu’ils entendent ce qui [surviendra à] la génération suivante de la bouche de Prêtre dans le [cœur] duquel Dieu a mis [le pouvoir] d’expliquer toutes les paroles de ses serviteurs les prophètes, par l’entremise [desquels] Dieu a annoncé tout ce qui surviendra à son peuple et à [sa terre].

Comme vous pouvez le constater les commentaires de textes sacrés étaient pas faits dans la dentelle à l’époque, le rédacteur emploie ici un style gros sabots pour livrer des généralités et des évidences. Quand il est évoqué « nouvelle alliance », bien entendu dans la bouche du commentateur cela signifie ceux qui ont trouvé une autre alliance que celle de Dieu. Ce n’est pas une référence à la Nouvelle Alliance telle que nous la comprenons en tant que chrétien.

Que retenir?

Le sujet des manuscrits de la Mer morte est vaste. Je vous recommande de vous procurer Les manuscrits de la mer Morte de Michael Wise, Martin Abegg Jr. et Edward Cook, il existe en format poche aux éditions Tempus. Il s’agit de la quasi-intégralité des textes de Qumrân. C’est la façon la moins onéreuse d’avoir accès à cette bibliothèque, l’ouvrage coûte 10€. Vous y trouverez en plus des commentaires exégétiques, historiques, les liens avec les passages bibliques, etc…

Croyant ou non l’étude de ces manuscrits nous renseigne sur le contexte religieux et politique d’une époque. Ils sont une pièce indispensable pour apprécier l’histoire du peuple juif et voir les rapports qu’il entretenait avec sa religion.

Pour un chrétien l’étude de ces textes ne remet pas la foi en cause. Il en faudrait beaucoup plus. Lire ces manuscrits permet de voir comment des contemporains de Jésus (la rédaction des manuscrits s’est poursuivie au premier siècle) ou du moins des de proches prédécesseurs appréhendaient l’interprétation de ce qui n’était pas encore la Bible hébraïque. En voyant la rugosité des commentaires de textes (voir ci-dessus le commentaire d’un passage du livre d’Habakuk), on se rend compte de la difficulté du ministère terrestre de Jésus, de la mentalité forcenée et fanatique qu’il a du combattre.

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