Le Livre de Jonas, entre tradition et modernité

Chères lectrices, chers lecteurs,

aujourd’hui nous allons nous intéresser à un passage de l’Ancien Testament, le Livre de Jonas. Le prophète est célèbre dans la culture populaire pour avoir passé un certain temps prisonnier dans le ventre d’un poisson. Le récit de Jonas est concis, comporte quatre petits chapitres et peut-être lu comme un conte pour enfant, le protagoniste allant de rebondissements en rebondissements. Ce rythme narratif d’apparence futile cache cependant des trésors pour notre foi et fait montre d’une grande modernité.

Bienvenue dans ce voyage aux côtés d’un prophète peu banal!

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Jonas?

Ce n’est pas celui de la boite de jazz mais un prophète de la cour de Jéroboam II, Roi d’Israël. Il a vécu au VIIIe siècle avant JC, alors que le royaume était divisé avec au sud Juda et au Nord Israël. La mission de Jonas est peu banale et consiste à annoncer Dieu à une contrée ennemie, l’Assyrie et sa capitale Ninive, futurs envahisseurs du royaume du Nord en -722 (Juda au sud se maintiendra jusqu’à la conquête babylonienne menée par Nabuchodonosor en -586).

Le Livre de Jonas est très court, quatre chapitres, sa lecture vous prendra moins d’une demie heure. Court mais intense, il recèle des points fondamentaux pour la foi.

Un prophète rebelle ou un prophète perdu?

Ainsi commence le Livre de Jonas:

1 La parole de l’Éternel fut adressée à Jonas, fils d’Amitthaï, en ces mots : 2 Lève-toi, va à Ninive, la grande ville, et crie contre elle! car sa méchanceté est montée jusqu’à moi.
3 Et Jonas se leva pour s’enfuir à Tarsis, loin de la face de l’Éternel. Il descendit à Japho, Et il trouva un navire qui allait à Tarsis; il paya le prix du transport, Et s’embarqua pour aller avec les passagers à Tarsis, loin de la face de l’Éternel.

La localisation de Tsarsis est incertaine, probablement du côté de l’Espagne. Ce qu’il est important de noter c’est que nous avons là un prophète bien curieux, qui se sauve et semble fuir la mission qui lui a été confiée à savoir aller vers l’Assyrie. Cette mission nous rappelle immanquablement l’épisode de Sodome et Gomorrhe, où l’Éternel se penche sur le cas d’une citée entière tombée dans la méchanceté. A ce stade du récit de Jonas on peut s’étonner, en effet Ninive ne fait pas partie du royaume du peuple des Hébreux. Pourquoi aller « crier contre elle »?

Peut-être Jonas n’a pas cru dès la première fois à sa mission, ce qui explique cette fuite « loin de la face de l’Éternel ». La suite nous montre les péripéties maritimes de l’embarcation, Dieu fait arriver l’orage et les mauvaises conditions empêchant le bateau d’arriver à bon port. En effet pourquoi être favorable à son prophète alors que ce dernier décide de ne pas prêcher la parole?

Ce qu’illustre ce premier chapitre, plus que les péripéties de Jonas, c’est le fait que les prophètes ne sont pas tous des hommes dignes de ce nom. L’Éternel utilise les prophètes, ce ne sont pas les prophètes qui utilisent l’Éternel. Ici Jonas semble être un homme couard, fuyard. Il proposera quand même à l’équipage de se laisser balancer à l’eau pour calmer la colère divine, mais le mois qu’on puisse dire c’est que son ministère commence d’une façon étrange.

Jonas dans le poisson

Jeté à la mer, Jonas est avalé par un poisson, voici le récit:

1 Jonas, dans le ventre du poisson, pria l’Éternel, son Dieu. 2 Il dit : Dans ma détresse, j’ai invoqué l’Éternel, Et il m’a exaucé; Du sein du séjour des morts j’ai crié, Et tu as entendu ma voix. 3 Tu m’as jeté dans l’abîme, dans le cœur de la mer, Et les courants d’eau m’ont environné; Toutes tes vagues et tous tes flots ont passé sur moi.
4 Je disais : Je suis chassé loin de ton regard ! Mais je verrai encore ton saint temple. Les eaux m’ont couvert jusqu’à m’ôter la vie, L’abîme m’a enveloppé, Les roseaux ont entouré ma tête.
6 Je suis descendu jusqu’aux racines des montagnes, Les barres de la terre m’enfermaient pour toujours; Mais tu m’as fait remonter vivant de la fosse, Éternel, mon Dieu ! 7 Quand mon âme était abattue au dedans de moi, Je me suis souvenu de l’Éternel, Et ma prière est parvenue jusqu’à toi, Dans ton saint temple.
8 Ceux qui s’attachent à de vaines idoles éloignent d’eux la miséricorde. 9 Pour moi, je t’offrirai des sacrifices avec un cri d’actions de grâces, J’accomplirai les vœux que j’ai faits : Le salut vient de l’Éternel. 10 L’Éternel parla au poisson, et le poisson vomit Jonas sur la terre.

Comment ne pas voir l’épreuve par laquelle Jonas arrive à se repentir? Nous avons ici le fameux signe de Jonas dont parle Jésus Christ dans l’évangile selon Matthieu comme préfiguration de son propre sort. Certaines traductions ajoutent même la durée du séjour de Jonas dans le poisson à savoir trois jours.

Jonas à Ninive

Jonas se rend finalement à Ninive annoncer la destruction de la ville:

1 La parole de l’Éternel fut adressée à Jonas une seconde fois, en ces mots : 2 Lève-toi, va à Ninive, la grande ville, et proclames-y la publication que je t’ordonne !
3 Et Jonas se leva, et alla à Ninive, selon la parole de l’Éternel. Or Ninive était une très grande ville, de trois jours de marche. 4 Jonas fit d’abord dans la ville une journée de marche; il criait et disait : Encore quarante jours, et Ninive est détruite !
5 Les gens de Ninive crurent à Dieu, ils publièrent un jeûne, et se revêtirent de sacs, depuis les plus grands jusqu’aux plus petits.

Finalement:

10 Dieu vit qu’ils agissaient ainsi et qu’ils revenaient de leur mauvaise voie. Alors Dieu se repentit du mal qu’il avait résolu de leur faire, et il ne le fit pas.

Plus haut dans cet article j’évoquais Sodome et Gomorrhe, l’histoire commence pareil mais se termine bien différemment et fait entrer le récit biblique dans la modernité. En effet les habitants de Ninive ne sont rien de moins que des non-hébreux, ne faisant pas partie des douze tribus originelles, qui se sont pourtant convertis. Bien entendu il y a eu des cas précédents de conversions de personnes ne faisant pas partie des douze tribus, Jethro le beau père de Moïse étant considéré comme le premier converti non-hébreux de l’histoire biblique. Mais les cas demeurent rarissimes.

Nous assistons ici à la prise de conscience du Dieu unique, la foi, par toute une ville. Ce récit marque donc une modernité dans la façon des rédacteurs de la bible d’appréhender les nations étrangères. En tant que chrétien j’y vois le prémices d’une nouvelle portée à tous les peuples, comme commencera à le faire l’apôtre Paul auprès des non-juifs.

Fin du récit et morale

Voici la fin du récit:

1 Cela déplut fort à Jonas, et il fut irrité. 2 Il implora l’Éternel, et il dit : Ah ! Éternel, n’est-ce pas ce que je disais quand j’étais encore dans mon pays ? C’est ce que je voulais prévenir en fuyant à tarsis. Car je savais que tu es un Dieu compatissant et miséricordieux, lent à la colère et riche en bonté, et qui te repens du mal. 3 Maintenant, Éternel, prends-moi donc la vie, car la mort m’est préférable à la vie. 4 L’Éternel répondit : Fais-tu bien de t’irriter ?
5 Et Jonas sortit de la ville, et s’assit à l’orient de la ville, Là il se fit une cabane, et s’y tint à l’ombre, jusqu’à ce qu’il vît ce qui arriverait dans la ville. 6 L’Éternel Dieu fit croître un ricin, qui s’éleva au-dessus de Jonas, pour donner de l’ombre sur sa tête et pour lui ôter son irritation. Jonas éprouva une grande joie à cause de ce ricin. 7 Mais le lendemain, à l’aurore, Dieu fit venir un ver qui piqua le ricin, et le ricin sécha.
8 Au lever du soleil, Dieu fit souffler un vent chaud d’orient, et le soleil frappa la tête de Jonas, au point qu’il tomba en défaillance. Il demanda la mort, et dit : La mort m’est préférable à la vie. 9 Dieu dit à Jonas : Fais-tu bien de t’irriter à cause du ricin ? Il répondit : Je fais bien de m’irriter jusqu’à la mort. 10 Et l’Éternel dit : Tu as pitié du ricin qui ne t’a coûté aucune peine et que tu n’as pas fait croître, qui est né dans une nuit et qui a péri dans une nuit. 11 Et moi, je n’aurais pas pitié de Ninive, la grande ville, dans laquelle se trouvent plus de cent vingt mille hommes qui ne savent pas distinguer leur droite de leur gauche, et des animaux en grand nombre !

Le récit se termine de façon assez moderne par une leçon de morale donnée par Dieu à son prophète récalcitrant. Leçon que feraient bien de lire certains extrémistes religieux quand ils demandent à corps et à crie une justice divine contre les autres. C’est ça que nous enseigne Jonas principalement, à savoir que la justice divine ne se commande pas. Jonas n’est qu’un prophète, ce n’est pas à lui de trouver injuste que l’Éternel épargne finalement Ninive.

La conclusion est très proche des béatitudes du sermon sur la montagne (évangile selon Matthieu chapitre V), quand Jésus proclame « heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux! ». Dieu épargne ici les innocents de Ninive, préfigurant ainsi la future entrée dans le temps de la grâce, où le pardon de Dieu s’obtient par la foi, pour les juifs, les non-juifs, tout le monde.

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